Magazine Strip-Tease

L’archéologie du magazine Strip-Tease, ou l’impact social et politique du documentaire

La nuit Strip-Tease en plein jour

Le cinéma en Belgique est « Une histoire de famille » dont chacun des membres tire les bénéfices de l’héritage avant de tracer son propre itinéraire singulier… Ainsi trouve-t-on au générique de la série Fêtes de Belgique ou l’effusion collective, réalisée par Storck entre 1970 et 1974, la collaboration sur plusieurs courts-métrages en tant qu’opérateur à l’époque de Manu Bonmariage. Et un « certain » Jean Libon, l’un des deux complices réalisateurs-producteurs du magazine Strip-Tease apparait comme assistant-caméraman sur La passion du Christ à Lessines et à Ligny, les fêtes d’Outremeuse Liège… en 1970. Dans le riche paysage documentaire de la télévision belge, d’hier et d’aujourd’hui (Grands Documents, Carré Noir etc), les occasions d’explorations passionnantes ne manquaient pas…

Mais celle de Strip-Tease, sous un angle d’approche original, nous a rapidement séduit.

Véritable kaléidoscope social, galerie de portraits et de situations vécues, le « concept » du magazine a su imposer (depuis 1985 sur la RTBF, le début des années quatre-vingt-dix sur France 3) un ton, un style et une écriture nouvelle dans le documentaire pour la télévision. Incisif et caustique, sans commentaire ni interview. La multiplicité des réalisateurs belges et français qui ont collaboré aux quelques quatre cents sujets réalisés pour l’émission font de Strip-tease une « École”.

Cette séquence permet de remonter dans une perspective comparative et critique, aux « belles heures » de la RTBF. Celle de l’émission « Faits divers » des années soixante-dix… Déjà une aventure singulière et des archives rares exhumées pour l’occasion…

Avec une double interrogation sur filmer le politique, filmer le conflit social…

Une rencontre animée par Jean-Louis Berdot, réalisateur, enseignant au département cinéma de Paris VII-Denis Diderot et à I’ENSLL, avec les producteurs-réalisateurs de l’émission, Marco Lamensch et Jean Libon et avec la participation de Manu Bonmariage et de Olivier Lamour.


Manu Bonmariage ou le traqueur des faces cachées du « Réel » avec ses personnages mêmes… Né à Chevron dans les Ardennes Belges, diplômé en sciences de la communication et cameramen-reporter à la RTBF dès 1966, Manu Bonmariage commence sa carrière « officielle » de réalisateur (titre arraché de haute lutte) à partir de 1979 avec Hay pol’djou avec les derniers mineurs de Wallonie. Sans jamais cesser de collaborer à des magazines de la RTBF comme A suivre-C’est à voir, Planète des Hommes et bien sûr et toujours à Strip-Tease depuis les origines… 1986 donc. Des collaborations qui le font voyager comme la série Un homme, une ville (New-York, Paris, Tokyo) et portraiturer Hugo Pratt ou Jean-Michel Folon. Mais de manière symptomatique son œuvre personnelle quitte rarement le territoire belge ou la banlieue française à l’exception de La volonté de Dieu en 1993 où il suit l’errance d’un ancien capitaine des escadrons de la mort en Afrique du Sud. Sa caméra fraye avec les “flics de base » de la Wallonie profonde (Allo police, 1987), permet à un “marginal » de se mettre en scène (J’ose, 1983), donne la parole à un jeune algérien en exil atteint du sida (Hamsa, la rage au ventre, 1996) ou filme en direct dans un prêtoir un drame passionnel shakespearien (Les amants d’assises, 1987). Autant de films qui soulèvent parfois la polémique quand seul le « réel » sous la loupe se révèle crûment provoquant…

Films


À fond la caisse

Benoît Mariage | 1988

Il n’est jamais passé à « l’École des fans » et pourtant c’est un virtuose. Et il n’a que quatre ans. Mais les pédales sur lesquelles il appuie ne sont pas celles d’un piano mais de sa petite moto. Ses parents lui ont rêvé un avenir de champion et il passe allègrement de ses langues à la mécanique. Votre gamin n’est pas un petit Mozart ? Faites en un petit motard…


Accès au succès

Didier Lannoy | 1993

Non, non, le chômage n’est pas perdu pour tout le monde et il y en a même qui en vivent. Ou qui essaient. Par exemple, si vous proposez un séminaire joliment intitulé « Accès au succès », c’est bien le diable s’il n’y a pas quelques chômeurs prêts à payer les cinq cents francs d’inscription : ce n’est pas cher pour apprendre les recettes du succès et de la fortune. Par exemple, créer un séminaire de formation…


Chaud business

Frédéric Siaud | 1993

Tous les médias vous ont parlé de ce docteur qui conserve son épouse morte dans un congélateur. C’était une anecdote insolite, un peu macabre mais rien qu’une anecdote. Strip-tease qui s’intéresse aux rapports entre mortels, fussent-ils vivants, vous présente Chantal qui, en accord avec le docteur, fait visiter la crypte aux touristes ravis. Entre une tranche de foie gras et un flacon de vin d’Anjou.


Du beurre dans les tartines

Manu Bonmariage | 1980 | 79'

L’autopsie acide d’un conflit social dans une petite entreprise paternaliste en crise. Ce second film de Manu Bonmariage auto-consacré « réalisateur » (enfin !) obtint le Sesterce d’Or (Grand Prix) du Festival documentaire de Nyon en Suisse (devenu aujourd’hui sous la houlette de Jean Perret, Visions du réel).


Les Fonctionnaires

Jean-Jacques Pêché et Manu Bonmariage | 1972 | 55'

Pour le magazine Faits Divers.


Ils sentaient bon le sable chaud

André François | 1986

Quand deux anciens légionnaires se rencontrent à Strip-Tease, de quoi causent-ils ? D’éclatantes victoires ou d’humiliantes défaites ? Que nenni, ils s’insultent par caméra interposée et se font des procès pour port de médailles usurpées. Non sans évoquer – nostalgie oblige – les joies saines et viriles du BMC (bordel militaire de campagne).


Maryflo

Maryflo

Olivier Lamour | 1997 | 52'

En janvier 1997, un conflit social très dur faisait la une des journaux. Dans une usine de confection du Morbihan, Maryflo, se déroułait une grève d’ouvrières réclamant le départ du directeur de l’usine. Il était accusé par les syndicats de régner avec des méthodes dignes d’un roman de Zola, usant et abusant des injures les plus sexistes. Olivier Lamour pour Strip-Tease avait filmé dans cette entreprise un mois avant le conflit, l’ambiance qui régnait entre les principaux protagonistes, les ouvrières et le directeur. Première partie et premier acte : Maryflo I, La guerre des tranchées.

Quand un mois plus tard, le conflit a éclaté, l’équipe était sur place, slalomant entre les grévistes, les non-grévistes, le directeur et le PDG qui en l’occurrence est une pédégère. Cela donne ce regard multiple, cette approche des protagonistes que tout oppose et qui ne se parlent parfois que par caméra interposée. Deuxième partie et deuxième acte : Maryflo 2, La guerre des tranchées.

Après diverses péripéties dont l’occupation de l’usine, le tribunal de commerce de Lorient a écarté le directeur et nommé un administrateur provisoire. Le travail a repris mais une des chaînes de l’usine a été arrêtée et soixante-quatre ouvrières ont été licenciées. Un recours est en instance de jugement. Mais délaissant la base, « Strip-Tease »  s’est attaché aux pas de la pédégère qui pour être une patronne de poigne n’en est pas moins une femme, une vraie. Et c’est la dernière époque : Maryflo 3, Le repos du guerrier

Épilogue : Si chacun restait à sa place, les ouvrières plus efficaces, les patrons un peu plus coriaces, on éviterait la lutte des classes…


Monsieur le Bourgmestre

André François | 1992

Hervé Brouhon est mort. Quelques bonnes âmes avaient été offusquées du portrait qu’en avait tiré Strip-Tease : ne risquait-on pas encore de ternir l’image des hommes politiques ? Mais après tout ce n’est pas Strip-Tease qui l’avait mis au pouvoir… Et puis ce portrait sans fard, hautement revendiqué par le modèle, est-il vraiment pire que l’habituelle langue de bois ?


Les Restos du cœur

Olivier Lamour | 1993

On n’a pas tous les jours du caviar… Encore heureux, on s’en lasse. Les pommes de terre par contre, on serait prêt à dépenser une fortune pour leur saveur délicate. Strip-tease a trouvé des chançards pour qui même la patate est à l’œil : les critiques gastronomiques  et les chroniqueurs mondains. Mais même eux ont parfois l’obligation de s’envoyer du caviar…


Tel qu’en lui-même enfin 

Manu Bonmariage | 1997 | 13'

Pour le magazine Strip-tease.


Le Théâtre de la Biche

Marco Lamensch et Jean Libon | 1985

Encore un film qui ne va pas plaire à Brigitte Bardot. Strip-Tease va au fond de la forêt des Ardennes, montre une chasse et n’en dit rien. Mais alors qu’est-ce qu’on voit ? Un peu de gibier et du beau linge autour d’une tasse de thé. Et qu’est-ce qu’on entend ? Les cancans des sous-bois et quelques belges histoires…


Valeurs sûres

Manu Bonmariage | 1992

Tout fout le camp, mais pas partout. Il y a encore des oasis de rigueur, de vraies familles où des parents épris de tradition et conscients de leurs responsabilités, enseignent le sens de l’honneur et du devoir à des enfants qui les écoutent. Ici, la foi est un rempart puissant contre les pièges de la modernité et les ravages de l’esprit républicain. Ici, on répand la bonne parole. Les bonnes paroles : travail,famille, patrie…


Séances

mardi 3 novembre 1998 à 11h00

Campus Jussieu, Amphithéâtre 24
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mardi 3 novembre 1998 à 14h00

Campus Jussieu, Amphithéâtre 24

vendredi 6 novembre 1998 à 14h00

Grande salle Hôtel de Ville de Gentilly
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La nuit Strip-Tease en plein jour