Abdenour et Sadek ont vingt-sept ans. Ils vivent dans une petite ville algérienne, à l’ombre de la guerre. Tous les deux sont « hitistes », c’est-à-dire que, selon la fameuse formule inspirée par l’humour du désespoir, ils calent les murs (« hit », en arabe). Touchés par la crise, ils ne vivent que de combines pour se procurer l’indispensable.
Comment se construire soi-même, élaborer des projets ? Ici, le quotidien ne laisse plus de place au rêve. Les copains d’Abdenour et Sadek sont tout aussi paumés. Pas de travail, pas de loisirs, pas d’espoir… L’humour et l’amitié sont les armes d’Abdenour et de Sadek, un refuge où s’épanouissent encore quelques rêves de jeunesse. Une errance sans fin, dans l’attente de l’improbable.
« Si l’Algérie occupe régulièrement la une de l’actualité, c’est plus souvent à travers les échos ensanglantés de la guerre qui la déchire. Parfois avec les petites et grandes manœuvres de ses dirigeants pour se maintenir au pouvoir. Rarement pour le quotidien de son peuple, qui tente de survivre malgré la crise et la guerre. », Djamila Sahraoui
La deuxième moitié du siècle a donné naissance à l’un des plus extraordinaires mouvements sociaux : le mouvement de libération des femmes. Dans le sillage de mai 68, en France et Suisse Romande comme dans de nombreux autres pays occidentaux puis du Tiers-Monde, elles sont d’abord deux ou trois femmes à se réunir, puis une petite poignée et très rapidement des centaines, de manière spontanée et non hiérarchisée. Mais ce mouvement, qui a profondément chamboulé notre société, n’est pourtant ni connu, ni reconnu. Blanc médiatique, histoire ignorée, peu revendiquée, ces militantes des années soixante-dix sont passées de la caricature à l’oubli. Traitées à l’époque de « toutes des mal baisées », on les considère aujourd’hui comme « ringardes ». C’est un hommage aux femmes qui ont créé et porté ce Mouvement. Une vingtaine de témoignages évoquant les acquis et leurs limites, sans donner de leçon, ni culpabiliser.
Debout ! parie sur la transmission et l’invention de nouvelles formes d’engagement, comme un appel aux jeunes générations.
Une jeune cinéaste appartenant à la génération des quinze-vingt-cinq ans s’interroge sur la transmission de la mémoire entre les générations. Elle rencontre plusieurs intervenantes qui ont vécu la naissance des groupes de femmes au début des années soixante-dix en France. Ces femmes retracent les luttes concernant la contraception, l’avortement, l’égalité professionnelle, la législation contre le viol, les violences conjugales… et s’expriment sur le problème de la transmission de cette histoire aux jeunes générations.
Le film conte le voyage du jeune Antoine au Parlement européen de Strasbourg. Il vient de finir Sciences-Po et cherche du travail. Il se verrait bien aussi renouer avec son ancienne amoureuse Cléo qui depuis quelque temps travaille au service audiovisuel du Parlement. Seulement Cléo n’a pas un très bon souvenir de lui et les députés pensent plus à la guerre au Kosovo qui fait rage et aux élections européennes qui s’annoncent, qu’à se trouver un nouvel assistant. Pendant cette semaine de session parlementaire, le jeune homme découvre le théâtre de la démocratie et de l’amour, il mesure les angoisses de l’engagement, qu’il soit politique ou amoureux.
Bakhta, Houria, Messaouda sont trois mères de familles venues d’Algérie au début des années soixante. Trente ans ont passé, la majeure partie de leur vie s’est déroulée à Grande Synthe, cité ouvrière du Nord de la France. C’est là que leurs maris ont trouvé du travail, c’est là qu’elles ont accompli leur rôle de mère et de grand-mère pour leurs enfants nés et éduqués en France. Loin du cliché de l’épouse soumise et ignorante, elles ont été les témoins d’une histoire de l’immigration au jour le jour. Le film privilégie les situation de dialogues entre mères et filles ainsi que les réunions de femmes, autant d’occasions de pénétrer au cœur des débats familiaux et de dépasser les discours simplistes et globalisants sur l’intégration ou l’Islam.
Deux jeunes filles à Paris en 1962. Pauline dite Pomme, dix-sept ans, étudiante (Valérie Mairesse) rêve de quitter sa famille pour devenir chanteuse. Suzanne, vingt-deux ans (Thérèse Liotard) s’occupe de ses deux enfants. Elles se séparent ; chacune vit son combat de femme. Elles se retrouvent dix ans plus tard au cours d’une manifestation. Suzanne travaille au planning familial et Pauline est devenue chanteuse. Le destin les réunira de nouveau en 1976. Elles ont expérimenté la phrase de Simone de Beauvoir qui termine le générique : « On ne naît pas femme, on le devient. »
Au mois d’avril 1999, la percussionniste Susie Ibarra organisait à New York « Un mois des femmes du jazz » au Tonic Bar de Manhattan. Portraits croisés d’une vingtaine d’entre elles qui ont choisi d’affronter la jungle de New-York pour se faire un nom au panthéon du Jazz. Maria Scheider dirige un big band, Jane Ira Bloom a choisi le sax « parce qu’il brille ». La pianiste Marilyn Crispell, s’est longtemps crue trop romantique…
Film musical mais aussi témoignages d’une passion de femmes pour une musique dont les hommes ont voulu faire leur chasse gardée. Une passion qui s’exprime dans leurs paroles et leur musique, qui s’inscrit sur les visages et les corps. À la recherche d’une possible spécificité féminine du jazz, le saxophoniste J.I. Bloom répond : « Il n’y a pas un seul homme au monde qui peut “sonner” comme Billie Holiday. Et quand ça s’exprime non plus seulement par la voix humaine (c’est comme chanteuses que les femmes sont connues dans le jazz), quand ca passe chez une femme par un instrument, c’est alors quelque chose qu’on n’avait jamais entendu auparavant ! »
1973, dans l’Amérique de Nixon, se développe une longue grève de mineurs de l’Eastover Mining à Brookside dans le Kentucky. Au fil du conflit ils sont relayés par leurs femmes, sœurs et filles qui viennent en première ligne renforcer les piquets de grève et l’organisation. Elles proposent de nouvelles tactiques et posent le problème de la violence. La « caméra actrice » a clairement choisi son camp…
Nous cherchions à faire un film sur le travail en usine. L’idée de départ était de mieux sentir la place que le travail occupe dans nos vies aujourd’hui. Polyvalence, annualisation, mobilité, flexibilité… Nous voulions essayer de comprendre au jour le jour quelles étaient les conséquences d’une situation que la société nous présente comme inéluctable. Contre le « on ne peut rien y faire » et sa batterie de prétextes mondialistes, les parcours et les paroles d’ouvriers appelaient une réflexion collective, d’où notre volonté d’être trois à la réalisation.
En mai 1997, nous apprenons par la presse la fermeture imminente de l’usine Moulinex de Mamers, dans la Sarthe. 411 employés pour 6000 habitants. Depuis 1960, tout le monde avait forcément un « Moulinex » dans la famille. Le travail des ouvriers y était bien sûr pénible, mais la permanence de l’emploi donnait des contreparties. Faire sortir une maison de terre pour y fonder une famille est important dans cette région de tradition paysanne… Et puis tout chavire. Du jour au lendemain, il faut faire face à un monde du travail qui a changé : mutation, chômage, reclassement.
Quel que soit le plan social mis en place, leur vie est bouleversée. C’est dans cette charnière entre une époque révolue et une époque à venir, inconnue de tous, que nous avons rencontré Dominique, Maurice, Josiane, Nicole et Pascale. C’était quelques jours à peine après la fermeture de l’usine. Pendant deux ans, nous avons placé notre caméra à leur côté (de leur côté). Nous avons accompagné ces cinq personnes qui n’avaient pas l’intention de laisser tomber, qui avaient leurs exigences et qui ne voulaient pas se plier aux nouvelles règles du travail. Leur innocence était leur force. Quand on débarque sur un continent inconnu, on remarque souvent des choses que les habitants ne voient plus depuis longtemps.
Au Sud de l’Aveyron, dans un hameau d’une trentaine d’habitants, cinq familles poursuivent l’exploitation de leurs fermes. La famille Tourettes compte trois enfants. L’un travaille la terre, la deuxième est dans le commerce, et la dernière souhaite prendre la relève de son père. Le père de famille a transmis à chacun d’eux une certaine philosophie de la vie, et une conception de son métier qui n’a pas manqué de susciter la vocation de Murielle, sa plus jeune fille, alors qu’il souhaitait qu’elle fasse de la comptabilité. Derrière le portrait familial, on retrouve des préoccupations qui dépassent largement le cadre de la cellule familiale. La vie économique, les nouvelles pratiques des consommateurs, le rapport à la terre, la formation des paysans, le célibat, les fêtes votives…