457 Marseillais(es) sur une chaise
Pierre Lobstein | 1995 | 24'
Portrait de deux « tribus » marseillaises : celle, maghrebo-gitane, de Bassens, une cité de transit… depuis trente ans, dans les Quartiers Nord et celle des comoriens, les plus nombreux parmi les récents arrivants de ce flux qui irrigue Marseille depuis vingt-cinq siècles.
Portrait dont la parole témoigne de vécus, celui d’un supposé ghetto, celui d’une supposée incapacité à l’intégration, dont l’une des qualités est bien cette réjouissante énergie démocratique (comités des quartiers, associations) se nourrissant d’une longue tradition villageoise, pour les comoriens, ou d’une lutte contre leur propre abandon… par la société civile, pour Bassens.
À l’aune d’une valeur que notre monde contemporain a quelque mal à pratiquer : la solidarité… Et ce, dans la lumière revendiquée : la beauté.
Qu’alors cette parole démocratique et « tribale » ait été « appelée » – plutôt que « cadrée » – par des artistes dont deux artistes indiens américains, « archétypes » universels de l’homme tribal hollywoodien, quoi de plus normal puisqu’il s’agissait bien de retourner quelques clichés dans ce très vieux port ou cent vingt-huit tribus, un jour, ont entonné, ensemble, un chant nouveau : La Marseillaise…
Écoute, respect… voilà peut-être les deux notes fondamentales d’un nouvel hymne à travailler dans son écho originel et universel…
Que son air se doive d’être beau mais moins martial qu’un autre… sans nul doute, et c’est à notre sens, le moins que puissent faire des artistes, ensemble, aujourd’hui… Parole d’humanité ! Marseille(s) s’en voudrait un humble écho… où ont résonné en sympathie, sens musical compris.
A Mossa
Jacques Malaterre et Jacques Patarozzi | 1992 | 28'
La culture corse n’est ni la première ni la dernière à se voir défigurer par le miroir déformant de l’actualité à grand spectacle. Qu’elle nous semblait bien plus aimable enclose dans ses clichés « d’Île de beauté », avec son « petit caporal » et son chanteur glamour perpétuant comme d’un disque rayé les Noëls de sa ritournelle éternelle ! Derrière cette insularité, cette histoire traversée de mille prédations, la rugosité et la frugalité d’une économie pastorale et montagnarde originelle, il sourde une profondeur incandescente à découvrir. La vogue « world music » le permet avec le succès de I Muvrini ou d’A Filetta. Par la « modernisation » de la polyphonie Corse (la paghjella) opérée avec la complicité d’Hector Zazou ou dans l’étude savante des chants sacrés par Marcel Péres et l’Ensemble Organum. Une création inscrite dans la contemporanéité comme dans les pas de la tradition est aussi possible dans l’hybridation. Comme le prouve cette adaptation filmique par Jacques Malaterre du spectacle A Mossa, où se tisse en résonance avec les polyphonies, la création chorégraphique de Jacques Patarozzi, ancien danseur de Pina Bausch. Rituels de vie, rituels de mort, jeux et banquets, coutume de la vendetta s’y évoquent à la nuit ou sous le soleil écrasant, sur des places de village ou des promontoires surplombant la mer…
À propos de Nice
Jean Vigo | 1930 | 24' | France
Humour noir et prouesses techniques dans ce propos sur Nice où Jean Vigo joue du violent contraste entre oisifs fortunés et population pauvre de la vieille ville. Surprendre un personnage pour en révéler la beauté intérieure ou le ridicule, rendre insolite une situation banale, font de cette satire sociale un vrai plaisir de cinéma.
Accords de guerre
Christophe Coello | 1996 | 26' | France
Tourné en Bosnie (Mostar et Sarajevo) en novembre 1995, peu avant la signature des accords de paix, ce documentaire aborde le thème de la création et de l’expression musicale comme refuge et issue de secours pour une jeunesse éprouvée par la guerre.
Dans un contexte hostile, de jeunes adultes, essentiellement des Bosniaques musulmans, expliquent comment la musique rock leur a permis de « tenir le coup », de résister psychologiquement. Une résistance morale en forme d’évasion, pour mieux fuir, par instants, la réalité.
Le rock fonctionna aussi comme un exutoire, leur permettant d’extérioriser les sentiments les plus douloureux, d’évacuer la violence accumulée, et à présent d’exprimer leurs angoisses, leur colère et le désir de jouir d’une jeunesse dont on les a dépossédés.
Al Oued
Daoud Aoulad Syad | 1995 | 20' | Maroc, France
AI Oued est le témoignage d’un pêcheur qui raconte sa vie autour du fleuve Bouregreg des années soixante. Cette évocation nostalgique du passé permet une confrontation du Bouregreg d’hier et d’aujourd’hui.
Sa voix constitue la trame du récit, qui montre les fragments de la vie quotidienne des pêcheurs dans cette région : la pêche, la vente à la criée, le retour aux entrepôts, le sauvetage des naufragés, le départ pour Casablanca en hiver…
Algériennes, trente ans après
Ahmed Lallem | 1996 | 51'
L’émancipation, les rôles, les droits, la reconnaissance de la femme dans l’espace social, culturel et politique arabo-musulman hantent les cinématographies du monde arabe depuis longtemps. Dans les années soixante-dix, la mise sous tutelle de la condition féminine arabe ou berbère était traitée sous une forme dénonciatrice, poétique et souvent elliptique, relevant archaïsmes sociaux et culturels : El Chergui, le silence violent de Moumen Smihi, en est l’exemple le plus brillant. Dans la veine militante, des films comme celui que la libanaise Heiny Srour réalisa sur la guérilla Omanaise du Dhofar, offrait une représentation féminine incroyablement émancipée, qui n’avait rien à envier aux guerrilleras latinas ou Viet-Cong. De quoi provient l’impression que l’horloge de l’histoire semble s’être mise à tourner à l’envers ? Sommes-nous frapper d’aveuglement par nos représentations, nos fantasmes, notre incapacité à penser « la complexité » ?
En 1966, Ahmed Lallem filme une classe de lycéennes algéroises lors de l’année du bac. Dans ce documentaire, Elles, ces jeunes filles témoignent de leurs espérances, de leurs convictions, de leur fierté de vivre dans une société en construction ; un pays affirmant sa dignité où semble pouvoir s’augurer une reformulation de la place de la sphère féminine dans la société…
Trente ans après, le cinéaste retrouve quatre d’entre elles, Badra, Fatima, Hassima, Souad. Il leur tend ce miroir, leur donne la parole…
L’Alphabet rouge
Mounir Fatmi et Pierre-Jacob Colling | 1993 | 13'
Calligraphie vidéographique et sonore pour entrer dans l’univers du peintre Saladi.
Angélique lonatos, la belle Hellène
Litsa Boudalika | 1996 | 30'
Pour dire son dû et ses rancœurs, son amour-haine passionnel de sa « belle et étrange patrie » originelle, elle a des allures de lionne outragée. Des silences et l’art pince-sans-rire de la formule « Nous sommes un pays en voie de développement ce qui nous laisse encore un peu d’espoir ». Des rires en cascade confinant à la gaminerie qui succèdent à des airs inspirés.
Fragments, mémoire, source antique ou moderne de la poésie de Sapho au « Nobel » Odysseus Elytis, « dans la poésie, c’est comme dans les rêves, personne ne veille »… Angélique lonatos est depuis un certain nombre d’années, le chantre de la poésie hellène en France qu’elle sait magnifier à travers une musicalisation complexe, exacerbée par les influences de l’Orient et de l’Occident.
Omniprésence de la mer et de l’élément liquide, surimpressions, jeux de miroirs et de transparences : Litsa Boudalika tisse, trame, entrelace autour de la Belle Hellène en effigie. Révélant aussi l’incertain, l’entre-deux des cultures, « le côté apatride » de ľexil : source de nostalgie mais aussi d’ouverture qui « donne envie de demander à l’autre : d’où tu viens et racontes-moi qui tu es ? »
Aqabat Jaber, paix sans retour ?
Eyal Sivan | 1995 | 61'
À quelques kilomètres de Jéricho, paroles croisées recueillies dans les premiers mois de « l’autonomie palestinienne »…
« Tout ce que je sais de mon village, c’est son nom ». « Aucun peuple au monde n’accepte l’occupation », « Le vainqueur impose sa loi », « Dans ce camp, nous n’avons pas eu d’enfance, nous sommes dépendants ».
Derrière la « Question de la terre », se profile en ombre portée celle de l’identité, de l’autonomie personnelle, de l’impossibilité de « penser » le renoncement, de refuser l’humiliation. Comment à partir de ce nœud complexe donner un sens à la paix ? Peut-on envisager la paix israélo-palestinienne sans le retour des réfugiés palestiniens sur leur terre natale devenue Israël ? S’agit-il d’un retour physique ou d’un retour symbolique ondé sur la reconnaissance de l’injustice infligée au Peuple de Palestine en 1948, lors de la création de l’État d’Israël ? Après avoir tourné Aqabat Jaber, vie de passage à la veille de l’Intifada, Eyal Sivan revient dans ce camp de réfugiés au lendemain de l’évacuation de la région par l’armée israélienne. À quelques kilomètres de Jéricho, Aqabat Jaber, construit il y a cinquante ans, est un camp palestinien aujourd’hui sous autonomie palestinienne. Ses trois mille habitants n’ont pourtant pas changé de statut. Après les accords de paix, ils restent des réfugiés et ne peuvent rentrer dans les villages dont leurs parents ont été chassés. Au cœur du conflit israélo-palestinien, la question du retour des réfugiés déterminera l’avenir du Moyen-Orient. Ce film qui se veut analogique raconte l’histoire des réfugiés palestiniens comme celle de tous les réfugiés, populations déportées, personnes déplacées, qui sont au centre des grands conflits du XXe siècle…
L’Arche de Noé de Maman Tata
Marie-Christine Carle | 1993 | 25'
Bambins de toutes races, animaux de tous poils, plantes vertes, tas d’objets et de jouets, telle est, dans moins de quarante mètres carrés l’arche de Noé de Maman Tata, concierge à Belleville. « La maman du 20e » a même adopté des papis mamies du quartier pour que ses gamins aient une vraie famille.
L’Arène du meurtre
Amos Gitaï | 1996 | 60'
« Il n’est pas bon pour l’homme d’être seul. Pourtant, il est seul. Il attend. Et il est seul et lui seul sait. »
Bien que filmant « à chaud », peu après le meurtre d’Itzhak Rabin, la ville d’Haïfa (où il est né en 1950), les paroles de Léa Rabin et d’Aviv Geffen, Ie chanteur rock israélien, Gaza et le Golan, Amos Gitaï « refroidit » toute tentative d’interprétation pressée et clame d’autant plus, une certaine urgence.
Morale du travelling chez Gitaï : voyage nocturne à Gaza, clos de barbelés, où est le dehors, le dedans ? Où est l’enfermement et quelle histoire nous rappelle-t-il ?
Aviv Geffen en concert : « La prochaine catastrophe est à notre porte. Nous sommes responsables ! Et plus tard. Pour Rabin, Pour la Paix ! Assez de Haine… »
Une longue, lente méditation entre temps présent et mémoire, entre la conscience et le désarroi qu’il faudra savoir maîtriser, « nos réactions quand rien ne va plus ». Cet essai introspectif « s’achève » en s’ouvrant sur une litanie essentielle : « un temps pour pleurer, un temps pour rire, un temps pour le deuil, un temps pour étreindre, un temps pour jeter des pierres, un temps pour haïr, un temps pour construire, un temps pour la guerre, un temps pour la paix ».
Le film d’Amos Gitaï a été réalisé avant la victoire du Likoud aux dernières élections israéliennes…
L’Argent fait le bonheur
Robert Guédiguian | 1993 | 90'
Un conte moderne et moral sur la vie imaginaire d’une cité marseillaise où se côtoient toutes les origines et toutes les misères, toutes les générations et tous les sexes, toutes les religions et les irreligions de la Méditerranée dans un joyeux mais tragique melting-pot, qu’on pourrait nommer Bouillabaisse 90.
Au nom de l’urgence
Alain Dufau | 1993 | 76'
Entre 1945 et 1975, pour répondre à la crise du logement, Marseille, comme beaucoup de villes, développa les grands ensembles, les cités provisoires, de transit ou d’urgence. En contrepoint de la chronique officielle des archives, le film évoque, cherche et partage les questions et les espérances, de ceux qui ont vécu cette épopée, de ceux qui, un temps, ont cru pouvoir résister à l’emballement de la machine à construire.
« Au lendemain de la guerre, de ses lacérations, pour des milliers de marseillais, il fallut trouver un toit, un abri. Mais alors que de tout temps c’est rue à rue, pierre à pierre, que se construit la ville, le Grand Ensemble de logement bien à l’écart, s’impose comme un modèle, Je ne pouvais pas croire que tous, unanimement, aient chanté les louanges du moderne béton, de l’avenir radieux. Je ne voulais pas croire que la mise à l’écart ait été par tous accepté, que personne ne se soit autorisé à penser, proposer, autre chose… Chercher, écouter, ceux qui peu nombreux ont refusé la course à l’irréparable… Rouler, encore rouler, condamné au porte à porte du représentant de commerce. Le seul vrai commerce de la ville, le commerce de l’autre… », Alain Dufau
Beyrouth en mémoire
Catherine Cataruzza | 1992 | 10'
Réinventer Beyrouth ? Deux enfants qui respirent…
Boqueria
Johanne Charlebois | 1930 | 5'
Investissement chorégraphique par Angels Margarit du célèbre marché couvert de Barcelone. Le jour. La nuit.
Cette vidéo fait partie de la série Danse sur image.
Campello Alto
Jean-Loïc Portron | 1993 | 26'
Le message des horizons, titre originel de la série, en restitue encore mieux l’esprit : interprétation savante et perspicace des traces, des activités humaines, des harmonies, des nécessités, qui modèlent et façonnent un paysage. Ici celui d’un village d’Ombrie, campé sur sa colline et clos dans ses remparts.
Canta a memoria Giovanna Marini
Christian Lorre | 1995 | 52'
« Même les oiseaux chantent pour marquer leur territoire »
Quand on a devant sa caméra une personnalité « habitée » par la création, la curiosité, la recherche permanente comme Giovanna Marini, ethnomusicologue, chanteuse, compositrice, femme engagée, la discrétion s’impose. C’est le parti pris par le réalisateur, Christian Lorre qui ne charge son film d’aucune marque personnelle mais laisse entendre une parole, riche, passionnante, conteuse, infiniment stimulante. Passer une heure avec Giovanna Marini donne l’impression singulièrement requinquante de devenir savant, de se découvrir des émotions refoulées avec en prime le sentiment que l’intolérance et la bêtise n’ont jamais pu exister. Nous vous laisserons donc savourer son humour ravageur quand elle narre le rituel des deux bœufs. Traverser l’échine d’un étrange frisson à l’écoute de la chorale sarde du berger Peppino Marotto d’Orģosolo. Découvrir sans voyeurisme des rites qui relèvent de la transe. Pasionaria tranquille de l’interprétation subtile des traditions qu’elle écoute « avec une avidité rapace », Giovanna Marini en ressort de son alambic un nectar de création contemporaine où l’émotion le dispute à la jubilation.
Chéops et le secret des chambres de Thot
Edwige Kertès | 1991 | 14' | France
L’orgueilleux Chéops, roi de l’ancien empire égyptien, rêvait de connaître le secret des chambres de Thot, dieu de l’écriture et de la magie, afin d’achever la construction de sa pyramide, une des merveilles du monde. Il voulait aussi briser la prophétie qui annonçait la chute de sa dynastie au profit de celle des fils de Rê, le dieu soleil. Dans ce dessein, il fit appel au magicien Djédi, mais…
Chère Grand-mère
Patrice Dubosc | 1995 | 18' | France
Des films 8 mm tournés par une mère disparue, une grand-mère polonaise inconnue, un « voyage de retour », une femme aimée : des fragments à partir desquels il s’agit, pour le héros, de renouer les fils rompus de la vie.
Chiens errants
Yasmine Kassari | 1995 | 7'
Dans certaines villes du Maroc, les autorités municipales procèdent régulièrement à abattage des chiens errants. Un homme est désigné pour cette tâche, le jour de la tuerie, tous ceux qui ont un chien le gardent chez eux. Le tueur se trouve face à ceux qui n’ont pas de toit…
Chott el Djerid (Portrait In Light and Heat)
Bill Viola | 1980 | 28' | États-Unis
En partant d’un phénomène physique naturel : le mirage comme effet d’optique particulier aux pays chauds, renversant les objets éloignés comme s’ils se reflétaient dans une nappe d’eau, Bill Viola travaille dans la matière même de chaque image, de chaque instant de vision, cette hypothèse scientifique, et fait de ce “mensonge objectif”, une vérité subjective. Il saisit des états intermédiaires, des délimitations fragiles, des définitions incertaines entre abstraction et réalisme. Le Chott El-djerid est un vaste lac asséché dans le Sahara, au sud de la Tunisie. Un lieu qui s’étend à l’infini, où se produisent les mirages, le plus souvent au soleil de midi. La chaleur intense du désert manipule, plie et déploie les rayons du soleil à un point tel que l’on peut voir apparaître des choses et des êtres qui n’existent pas, des images fantômes.
Circumnavigation, Marseille, Trieste…
N+N Corsino | 1994 | 20'
Deux escales d’un voyage vidéo-chorégraphique dans l’espace imaginaire des cités maritimes : fulgurance du geste, fragments, lumières, inscription du mouvement dans le génie du lieu.
Da Trappani
Jean-François Guitton | 1992 | 14'
« L’appel désespéré d’une veuve, canalisée par l’église, pas plus que l’inefficace beauté musicale du ballet des forces de l’ordre n’arrivent à ralentir le rythme des explosions qui secouent la Sicile. »
Le Détroit de Gibraltar
Pascal Amel | 1995 | 26'
Essai, vidéopoème…
Depuis quelques années, je songeais à écrire un poème avec des matériaux autres que les mots. Et comme je suis persuadé que l’une des formes les mieux adaptées à l’expression poétique contemporaine est la vidéo, je viens d’en réaliser une à propos d’un site symbolisant de manière exemplaire le passage, l’entre-deux, l’échange, la rencontre de cultures : le Détroit de Gibraltar. Car, c’est sans doute dans les « zones de turbulence », les « points sensibles », que la plupart des choses passent, se passent, peuvent être comme « transportées »…
Il s’agit d’une vidéo entre le document et la fiction, l’essai et la fiction, l’essai et la poésie, l’Europe et l’Afrique, l’Atlantique et la Méditerranée, sur ce qui abolit plus ou moins la frontière, toutes les frontières : les flux, les réseaux, les hommes, les marchandises, le vent, les oiseaux migrateurs, les satellites, les langues, les livres, la musique, les images TV…
C’est également un film sur le passage entre la poésie orale et écrite, le chant et le texte, de celui-ci à l’image (bref, sur les constituants de la vidéo, sur ce qui fait qu’elle est de toute évidence un médium qui, à travers la simultanéité, les rapports d’opposition ou de convergence entre le son, le texte, la voix, l’image, l’écran permet ľémergence d’une intensité poétique). Un éloge de l’hybride, du mélange, du divers, du métissage : un vidéopoème.
Images
Elles sont celles du tournage, de photographies et de documents tirés des archives de la Bibliothèque Générale de Tétouan, au Maroc, et d’une séquence de Belle de jour de Luis Buñuel.
Pour le tournage, on distingue deux types d’images :
- Les « volées », caméra à l’épaule ou à la main, sans recherche esthétique particulière si ce n’est leur urgence : le « trabendo » de Tétouan, la « route du kif », la frontière entre l’Espagne et le Maroc (Ceuta), les ordures à ciel ouvert près de l’Oued Martil.
- Les travellings, les panoramiques ou les plans fixes proposant un point de vue plus esthétique.
Son
Toute la bande son est fragmentée, hybride. Elle se constitue des cing langues du Détroit de Gibraltar (espagnol, arabe, berbère, français, anglais) et de musiques liées à cette région : Orchestre Andalou de Tanger avec el Lebrijano, Brian Gysin (écrivain, peintre et compositeur de musique qui vécut à Tanger), les Jajouka (musique sacrée du Rif), Djamel Allam (algérien, chanteur engagé), Mohammed el Barrak (lecteur du Coran), Paco de Lucia (guitariste flamenco), Antonio Molina (chanteur de variété andalou) et llaggi Srifi (musique traditionnelle du Rif) ; du poème El paso de la siguiriya de Felerico Garcia Lorca (lu dans sa version originale) ; et des sons « réels » enregistrés lors du tournage (la rue, le bruit du port et de la mer, les amarres des bateaux, les différentes chaînes de télévision, les conversations à la Bibliothèque Générale de Tétouan…).
Écran, effets spéciaux
Toutes les séquences permettant la fabrication du film (le studio vidéo, les deux monitors utilisés pour le montage, les changements de cassette sonore, le bureau, la machine à écrire, la main qui écrit, la bouche, l’oreille), que l’on peut intituler les conditions de production, sont en noir et blanc.
Toutes les séquences concernant la nature, le passage de la terre au ciel, de la loi à la grâce (montagnes, mer, vagues, palmiers, meutes de chiens, ciel), sont en surimpression bleue.
La lecture du manifeste sur la poésie dont je suis l’auteur se déroule sur un plan fixe pris de Balyounesh (le point d’Afrique le plus proche de l’Europe, 15 km).
À chaque changement de lieu, le trajet se faisant du nord au sud, et d’ouest en est (Algeciras, Tanger, Balyounesh, Ceuta, Marina Smir, M’Dicq, Martil, Tétouan), l’écran devient noir avec des flux de lumière.
Le passage de la frontière, à Ceuta, est fait d’une succession d’images floues et saccadées.
L’ensemble de ces diverses techniques sont utilisées de manière signifiante afin que le film rende compte d’un déplacement de frontières habituelles de la perception, de l’émotion, de la pensée et de la vision que j’intitule la poésie.
El paso de la siguiriya (le passage de la séguidille)
de Federico García Lorca :
Parmi des papillons noirs, va une fille brune à côté d’un blanc serpent de brouillard.
Terre de lumière, ciel de terre.
Elle est enchaînée au frémissement d’un rythme qui jamais n’arrive ; elle a un cœur d’argent et un poignard dans la main droite. Où vas-tu, séguidille, avec un rythme sans tête ? Quelle lune recueillera ta douleur de chaux et de laurier rose ?
Terre de lumière, ciel de terre.
Deux hommes à Bassens
Pierre Lobstein | 1995 | 33'
Ou la rencontre entre le poète indien américain Joe Dale Nevaquaya et l’artiste plasticien Malik Ben-Messaoud au cœur de la cité « de transit » de Bassens : « ces cages à cochons faites pour six mois… et toujours debout trente ans après ».
Le Dossier Melbouci
Angelo Caperna | 1996 | 21'
Monsieur Melbouci se présente à l’association pour le Droit à l’initiative économique (ADIE) pour demander un prêt de trente mille francs. Les étapes pour l’établissement d’un dossier ressemble à une course d’obstacle.
L’Effet Transsibérien
Xavier Villetard | 1996 | 75' | France
Au début du siècle, juste avant la révolution de 1905, Blaise Cendrars vit et voyage en Russie. En 1913, de retour à Paris, il écrit La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France. Dix jours durant, Moscou-Tchita aller et retour, nous nous sommes plongés à notre tour dans la Russie de cette fin de siècle avec pour feuille de route le poème de Blaise Cendrars. Ne nous demandez surtout pas quel jour nous sommes ni quelle heure il est ! C’est le début de l’Effet Transsibérien.
Enquête sur Abraham
Abraham Ségal | 1995 | 104'
« Ségal m’apprit d’abord que, si Abraham est pour les hébreux le père, il est pour les musulmans le Premier des Croyants, l’Ami de Dieu, et pour les chrétiens le Père des Croyants. Les trois grandes religions monothéistes se réclament de lui. Ce qui me passionne, me disait Ségal, c’est qu’il y a chez Abraham un rapport direct à l’origine. D’abord parce qu’il est dans les textes, le premier homme à se lier à un seul Dieu. Il est celui qui a été élu par l’autorité suprême, par le Tout-Puissant.
– Le premier dans la foi nouvelle ?
⁃ Oui, il est situé à l’origine d’une culture, c’est à dire ďun peuple ou de plusieurs peuples qui seraient nés de la même racine.
– Et qui aujourd’hui se déchirent.
– Exact. C’est pourquoi j’ai voulu lancer cette enquête, moi qui ne suis pas un expert. J’ai voulu aller de l’un à l’autre, interroger les vrais spécialistes dans chacune des traditions et poser des questions très simples. Je voulais démêler l’écheveau, essayer d’y voir clair. Et dès les débuts, dès mes premiers pas de pèlerin, il m’a semblé qu’en cherchant des liens avec Abraham, avec cette immense figure, nous pouvons comprendre beaucoup de choses sur ce que nous sommes aujourd’hui. »
Ceci est le début de l’entretien « dialogué » entre Jean-Claude Carrière et Abraham Ségal, introduisant la démarche du réalisateur.
Enver Hodja, ou l’imposture albanaise
Jean-Louis Berdot | 1995 | 52'
Enver Hodja, premier secrétaire du parti communiste, a régné en maître absolu sur l’Albanie de 1945 à 1985. Le film propose quelques jalons de sa vie, de sa jeunesse frivole à sa mégalomanie terminale. Parallèlement au portrait, des témoignages et des archives dessinent ce que fut la vie albanaise (très « originale » comparée aux autres pays communistes), son cortège d’horreurs et son obscurantisme. Aujourd’hui, trois ans après le changement de régime, l’héritage demeure. Peut-on sortir indemne d’un demi-siècle de traumatisme ?
Essyad, musicien
Mustapha Hasnaoui | 1993 | 60'
Ahmed Essyad, compositeur de musique contemporaine, est né près de Salé au Maroc. Non loin de là, il y avait un mausolée isolé, « refuge des femmes battues et des schizophrènes ». Son père, « un soufi », l’y emmenait, quand il était enfant, contempler la mer et observer les pêcheurs. Il découvre dans ses dernières années lycéennes, le conservatoire et Bach interprété au violoncelle. Puis Max Deutsch, son « maître » au tout début des années soixante). S’ensuit une carrière, les étapes d’une création… et un nécessaire retour aux sources : « la musique occidentale n’était pas mienne, il fallait que j’y vienne et aller toujours ailleurs pour trouver un matériau nouveau pour enrichir ma manière de dire ». C’est dans l’écoute d’un chant « douloureux, insupportable » l’Ahwach des femmes du Haut-Atlas qu’il est parti se ressourcer…
Réalisateur né en Tunisie en 1952, Mustapha Hasnaoui, consacre sa démarche documentaire à d’autres créateurs : Mehdi Qotbi, peintre, des écrivains égyptiens… Il construit ici une symphonie d’images dont la minéralité, le hiératisme entre en parfaite symbiose avec la rugosité du chant, la quête mystique, l’itinéraire intérieur du compositeur. Et accouche en douceur, sa parole, ses introspections. Ce portrait offre en outre un étonnant aller-retour dans le dialogue des cultures et leur mutuel enrichissement. Quand les musiciens berbères entendent une des compositions d’Essyad qu’ils pensent inspirée de leur tradition, ils questionnent : « Mais où est notre musique ? », « Votre musique demeure en vous comme la mienne demeure en moi » répond Essyad.
Faille
Gaëlle Vu | 1996 | 53'
Faille est l’espace de silence entre deux civilisations, deux générations, deux êtres… Faille est le chemin par le langage, vers la parole. Faille est la mémoire préservée, la filiation douloureuse dans l’exil. Entre France et Vietnam.
Folle Patience
Dominique Verrier | 1996 | 21' | France
Dans un foyer, Jacques vit avec Alexandra une histoire d’amour… Jacques parle beaucoup, Alexandra pas du tout. Jacques a cinquante-neuf ans, Alexandra vingt-quatre. Jacques et Alexandra sont tous les deux paralysés.
Graines au vent
Paul Carpita | 1964 | 17'
Suivre la journée d’un « poulbot » marseillais, qui n’ira pas en classe, parti sur la route du soleil comme le plombier zingueur de la fête continue. Graines au vent raconte cette beauté terrible et rebelle, celle du cancre qui lance le cri d’anarchie, dont il n’a pas conscience.
Petit, dégourdi, l’enfant d’un après-midi croise au hasard tout son bonheur à venir, sur le pont des marchandises.
Les pétroliers, en cale sèche, les bateaux pleins de chevaux en partance pour les abattoirs, le jeu des ouvriers s’amusant à apprendre au garçon les gestes du travail des grands.
Dans le premier métier de Carpita, enseignant, ses collègues lui envoyaient les cancres, disant qu’il savait en faire quelque chose. Lui, rappelle que sur du béton, les graines poussent moins bien que sur un peu de terreau.
Hammam
Florence Miailhe | 1991 | 9'
Un plongeon dans l’univers aquatique du hammam, doucement tracé et remodelé par l’artiste.
Deux jeunes filles se rendant pour la première fois au hammam vont nous guider et nous perdre dans un dédale de bains de vapeur, de douches, de bassins et de fontaines. On y distingue des corps moites enduits de boues et d’onguents, des cascades de cheveux, des visages masqués d’argile, des femmes nues ou drapées d’étoffes qui se délassent et se massent, se pétrissent et s’étirent dans un décor de mosaïques chatoyantes. Des plus pâles aux plus brunes, corps sveltes ou gras, jeunes ou vieux, toutes sont ici mollement alanguies sans souci de paraître… Les rites intimes et l’atmosphère chuchotée d’un lieu secret, strictement féminin, hors du temps et de la réalité.
“Dans la boîte de couleurs, il y a un peu de la poudre des teinturiers de Fez, quelques traits épais d’un Matisse et de ses pastels. Ces odalisques, elle ne les pose pas langoureusement sur une toile bariolée. Elle les anime, les déshabille, Ies caresse, les fait danser. Au rythme lent d’une paresseuse sudation”. Anne Peigné-Giuly, Libération, juin 1991
La Hauteur du silence
Hervé Nisic | 1995 | 20'
Bosnie. Tant de choses dites. Tant de drames évoqués, exposés, moulinés. Tant d’interprétations et de tentatives de décryptages. Tant de mauvaise conscience et de nécessaires (?) arrangements avec elle. La question du Regard et son insondable et définitive interrogation…
Quand un des pionniers de l’art vidéo en France, un créateur foisonnant de magies électroniques, choisit la seule forme possible pour son sujet, l’épure…
L’Heure exquise
René Allio | 1981 | 60'
C’est une recherche des racines dans une ville-labyrinthe campée au bord d’une mer originelle. Ce film n’est pas « un documentaire » annonce d’emblée Allio, mais une exploration sentimentale, une déambulation poétique dans la mémoire et les traces. C’est à une lecture intime de la ville à laquelle nous sommes conviés. Du vieux cinéma Kursaal aux « traverses » où se rencontraient les amoureux. Du quartier du Panier, l’image encore vivante « d’un port provençal du XVIIIe siècle » à la Canebière et au Vieux-Port, là où la ville est « le comble d’elle-même, le lieu de l’échange ». D’abord peintre et scénographe, René Allio est ainsi devenu le « conteur d’histoires qui souhaite laisser des traces ». Cet enfant d’émigrés piémontais et de ruraux provençaux qui en puisant dans le roman familial fait émerger à nouveau l’âme de cette ville de transit des cultures. Où l’émigré, « celui qui vient d’ailleurs, trop pauvre et parce qu’il fallait partir » se ressent « soi-même un passage, un entre deux et parfois une instabilité… »
Inès, ma sœur
Carole Fierz | 1995 | 59'
Inès Bacan est fille, petite-fille, arrière petite-fille de chanteurs. Elle dit en évoquant son adolescence « dans ma famille si tu ne chantais pas bien ou n’étais pas gracieux, personne ne te prêtait la moindre attention. Et moi je n’étais pas gracieuse » ajoute-t-elle « je ne l’ai jamais été ». Un soir, après trente huit années de silence, elle délivre un chant qui laisse toute la famille présente, ahurie et émue…
II semble y avoir mille et une manières d’appréhender l’âme, l’esprit d’une musique et l’expression de la culture d’où elle jaillit. A priori… Le Flamenco ne devrait pouvoir y échapper. Après moult heures de visionnage de films sur les musiques de Méditerranée, l’impression s’impose : l’audace, les possibles se réduisent comme une peau de chagrin. Reste une forme séduisante, celle du périple mosaïque à l’image du Voyage andalou de Jana Bokova, de Latcho Drom de Tony Gatlif.
Inès, ma sœur démontre qu’il en est une autre, plus intimiste et pudique. Avec une caméra confidente sans le miel équivoque de la complicité. Qui ne cherche pas obsessionnellement « authenticité » mais sait insinuer sa présence pertinente. Sans avoir peur des silences, des moments en suspens. Il lui faut du temps. Le temps qu’il faut. De la confiance et de l’échange. Fréquenter, donner, recevoir sans doute, Carole Fierz connaît Pedro Bacan et le clan gitan des Pinini depuis un certain laps de temps. Elle les a fait venir en concert en France. Et puis, elle a fait ce film, en prenant ce temps qu’il faut. Sans ressentir le besoin d’accélérer la sortie de chrysalide pour rendre la chose spectaculaire. Bien sûr, les amateurs de « folklore » n’y trouveront sans doute pas leur compte…
Italie, mon amour
Luc Ferrari et Pierre Garbolino | 1991 | 13'
La recréation visuelle et sonore du spectacle de Luc Ferrari Italies Passions. Un vidéo-roman-musical qui joue et se joue de manière virtuose des clichés.
Je n’ai jamais vu de marocaines à vélo
Leïla Houari | 1992 | 26'
À Bruxelles, un atelier théâtral réunit jeunes femmes et jeunes filles marocaines, plate-forme qui leur permet de s’exprimer et de briser les clichés simplistes véhiculés sur la femme d’origine arabe.
Je suis de la grande Europe
Francisco Ruiz de Infante | 1992 | 16'
« Pourquoi toujours la même souffrance ? Pourquoi toujours la même tristesse ? Je retourne dans mon pays et tout conserve son ordre… Tous les fantômes des guerres que je n’ai pas connues mais qui ont marqué ma chair avec leur mitraille. »
Khaled
Jean-Paul Guirado | 1994 | 52'
En 1993, avant ses dérives vers la variété et les marchés internationaux, la superstar du raï est en pleine ascension. Né dans un quartier périphérique d’Oran, grand amateur de fêtes, le « jeune » Khaled s’échappe par la fenêtre quand sa mère verrouille la porte et s’en va chanter. Ses escapades le conduisent jusqu’en France, où une équipe de passionnés le met sur la voie du succès. Jean-Paul Guirado s’est attaché à faire de Khaled un portrait plus psychologique que musical. Pas d’archives sur l’histoire du raï, qui nous permettent de comprendre d’où vient cette musique et quelles transformations la génération de Khaled a opérées. En revanche, il nous présente de rares images de la famille du chanteur, de son quartier d’Oran. On le voit rire ou s’attrister devant une projection d’images d’Algérie, piétiner de trac avant de monter en scène, retenir ses larmes à certains souvenirs. Les extraits de concerts reflètent des ambiances plus que l’art du chanteur. Évitant les clichés sociologiques ou ethnologiques généralement associés aux « cultures immigrées », voici un portrait « pop » de Khaled, destiné au grand public.
Lettre pour L.
Romain Goupil | 1993 | 100'
En 1987, 700 cinéastes répondent à la question du journal Libération « Pourquoi filmez-vous ? »
Romain Goupil choisit pudiquement la « provoc » : « Question claire, franche, efficace. Votre exigence de vérité oblige mes secrets. Je bosse pour la gloire et la puissance, pour être reconnu, admiré, en un mot, pour l’argent. Je veux un yacht bourré de filles dans chaque port. La même voiture qu’Albert Camus, une moto encore plus grosse que celle de Coluche, un avion plus rapide que Baroin… Collectionner les photos où on me verrait serrer la main de Ho Chi Minh, De Gaulle, Pompidou, Guevara. Du fric pour pouvoir fumer des cigares dans le bureau du responsable communication de Coca-Cola… »
Fils d’un opérateur auquel il a consacré un court-métrage, Romain Goupil signe en 1982 un film sur la conscience de fêlure de certains militants de la « génération 68 », ceux qui ne prendront décidément jamais « Le pouvoir » : c’est Mourir à Trente ans, Caméra d’or à Cannes.
Été 91. Lui, apprend la nouvelle d’une maladie qui la menace :
« Quand est-ce que tu fais un film bien ? ». Urgence. En Europe, l’URSS vole en éclats et le siège de Vukovar commence. Le réalisateur entreprend un voyage à travers le temps et l’espace et filme à la première personne… La « guerre de Bosnie » n’a pas encore commencé…
Marseille sans soleil
Paul Carpita | 1960 | 17'
« Pour mémoire «. Film dans le film est tourné par une petite équipe. Le sujet : parler de Marseille et de l’ami mort à la guerre d’Algérie, celui-là même qui a écrit le scénario.
Paul Carpita se souvient que son père docker lui fit connaître sa ville natale, qu’à Marseille chez les dockers, revenir à la maison la gamelle pleine signifiait, pour le journalier, une journée sans embauche.
Marseille, sans soleil, c’est pour l’auteur, l’absence de maquillage et de clichés.
Si Marius et César sont présents, ils le sont de manière dérisoire. Film tourné à la vitesse d’un jour, qui n’a que vingt-quatre heures, l’histoire rebondit, sans cesse, entre le souhait et la réalité.
Dire l’amour pour un endroit qui a une âme que l’on ne voit pas. Penser rues, ruelles, avenues, boulevards sans s’y attarder,regarder le vieux port et la place aux huiles en 1960 alors que, de l’autre côté de la Méditerranée, c’est la guerre sans nom.
Méditerranée
Jean-Daniel Pollet | 1963 | 45'
Une leçon de regard, une immersion dans les mythes et l’histoire, et un beau texte du Sollers de la meilleure époque. Attention chef d’œuvre, inscrit, éblouissant dans la mémoire. Oui, mais ! Le montrer demande une démarche détective plus prosaïque pour trouver une copie de bonne qualité. Promis nous faisons tout notre possible – mais Pollet lui-même n’y croit guère. Si nous n’arrivons pas à le faire mentir, consolez-vous avec la sortie en janvier de Dieu sait quoi, son dernier opus nourri des textes du poète Francis Ponge.
Le Miroir de Thèbes
Xavier-Marie Bonnot | 1996 | 52'
En Égypte, sur le site de l’ancienne nécropole de Thèbes, face à Louxor, le village de Gurna, construit à la lisière du désert sur les tombes des nobles de Thèbes, ne vit que du tourisme et du trafic du patrimoine. C’est sur ces lieux, les plus beaux et les plus fréquentés d’Égypte, à travers la vie des habitants de ce village, que le miroir de Thèbes se propose d’observer les représentations et les traces du tourisme dans une société modelée par une histoire et une culture différente de celle des voyageurs. Regard du « Tiers-monde » sur nos attitudes de touristes qui agit comme un miroir.
Moments tibétains
Ariadne Breton-Hourcq | 1995 | 30'
Un regard lent scrute la vie aux abords de grands lieux de culte tibétains. Une tension sourde s’étire et aplatit sans répit les hommes sur les murs dans le braiment des ânes. L’œil fouille, défait les formes, assiste à la défiguration des êtres dans la lumière, participe à la beauté d’un monde et à son sommeil de chien, transforme le rire d’un jour en un énorme chant d’espoir.
Nord pour mémoire, avant de le perdre
Isabelle Ingold et Vivianne Perelmuter | 1996 | 30' | France
Ce documentaire, composé presque exclusivement d’images d’archives, retrace la mémoire de la mine dans le bassin houiller du Nord-Pas-de-Calais, tout au long de ce siècle. Le passé, plus ou moins lointain, n’y est pas évoqué à la manière de nos manuels d’histoire, mais poursuivi selon un point de vue plus intime, plus quotidien, attentif aux détails, et porté par le récit à la première personne de cinq personnages : l’ingénieur, le porion (contremaître), le galibot (jeune mineur), le délégué mineur et le médecin. Des entretiens réalisés dans le bassin houiller et des archives écrites (rapports, lettres) en ont constitué la trame et le style.
Nos guerres imprudentes
Randa Chahal Sabbag | 1995 | 61'
Beyrouth, la guerre est finie ? Beyrouth se reconstruit et de son cœur historique en ruine fait table rase. Tous les enseignements des « petites guerres » incluses dans le « chaudron proche-oriental » sont-ils tirés ? A qui profite l’instabilité de la région ? Quel est le comptable des souffrances, des douleurs, des injustices ici vécues ? Y a-t-il des leçons de l’Histoire ?
« J’ai filmé depuis 1983 ma famille en vidéo. J’ai filmé depuis 1976 la guerre au Liban en 16 mm. Souvent je ne revoyais pas les images… Elles se brûlaient, se perdaient au cours des voyages, se faisaient confisquer, ou carrément voler. Bref tout allait bien.
Un jour, j’ai voulu raconter une histoire. C’était très difficile de trouver une logique à toutes ces images, à la guerre, à ma famille, aux morts, aux regrets, à ľinvasion israélienne, à la présence syrienne, à la reconstruction de Beyrouth.
En plus les images fonctionnaient bien dans le désordre. Avec ma famille, j’ai trouvé le lien pour discipliner les images de la ville. Maintenant que l’esprit ressemble à un terrain vague, que nous avons perdu la guerre, reprendre les souvenirs de face sans affrontements pour un dernier adieu à cette ville que j’ai tant aimée et que je ne finis pas de quitter. »
Est-il possible de regretter la guerre ?
La Nuit des bougies
Robert Cahen | 1993 | 10'
Une fois l’an, Pise la nuit s’illumine de milliers de bougies…
Once you’ve shot the gun, you can stop the bullet
Jayce Salloum | 1988 | 7'
Beyrouth, .Jérusalem, villes américaines, avenir urbain, urbaines violences ?
Orient, mirage de l’Occident
Pierre Zucca | 1990 | 165'
Un panoramique complet et complexe mais toujours lumineux de l’histoire de nos représentations de l’Orient. En remontant aux territoires de l’imaginaire biblique, en évoquant les croisades, la Méditerranée du XIe siècle « lac arabe et turc » et les différentes phases d’évolution de la fascination orientaliste. Laquelle va progressivement se dissoudre et se muer, de l’expédition d’Égypte à l’effondrement de l’Empire ottoman, dans l’esprit de conquête, la vampirisation coloniale et l’exportation de « Ia modernité ». Une saga dialectique des idées, de l’esthétique, de la spiritualité, des enjeux géostratégiques et économiques. Ou comment faire évoluer notre regard sur un « autre » intime et refoulé.
Pierre Zucca trouve ici une forme riche, prolixe, profuse en signes, paroles et représentations pour nous narrer cette traversée du Miroir d’un Imaginaire : contes, récits de voyageurs, tableaux et gravures, prises de vue réelles in situ, témoignages, extraits de films, musique, archives, architectures.
Comme un labyrinthe où s’étire le fil d’Ariane ďune pensée intelligible et où sont notamment invités dans ce « casting » étonnant : Schéhérazade, La Flûte enchantée de Mozart, le Voyageur de Bordeaux, Bonaparte, Youssef Chahine, Chateaubriand, Turner, Victor Hugo, Karl Marx, Edgar Pisani, Delacroix, l’orientaliste Maxime Rodinson, la danseuse orientale Leïla Haddad, Kandinsky, Klee, Matisse…
« Il y a deux Orients : celui de nos rêves, et un autre qui vient le détruire, la modernité ».
L’Ours et la Petite Mariée
Jean-Claude Taki | 1996 | 11' | France
Que sont devenus les tsiganes en ex-Yougoslavie ? Je ne le sais pas. Alors je me souviens… Demain…
Le Pacte fragile
Alain Dufau | 1996 | 34' | France
C’est un portrait du photographe Jacques Windenberger, membre de l’Agence Rapho, qui, depuis trente-cinq ans, dresse la chronique des gens et de leur cadre de vie. Avec eux, il engage une réflexion sur l’utilisation de l’image dans notre société.
Le tournage s’est effectué à Marseille, dans les quartiers nord et le centre ville, et dans les collèges où les photographies donnèrent lieu à un travail d’expression. Mais aussi à Sarcelles où le photographe engagea son métier, à Cap d’Aïl dans un foyer pour travailleurs immigrés, à Carros dans une ville nouvelle, à Niolon dans des cabanons…
Un film dont la simple ambition est de partager le désir de rencontre comme source du travail d’image.
Le film trouve son origine dans le travail photographique Images de Marseille, question de fraternité, publié aux éditions Alternatives.
Parole portée
Axel Guyot | 1997 | 22' | France
Parole portée est un documentaire sur l’alchimie de la création. Sans commentaire, le film se concentre autour du geste du sculpteur Nicolas Alquin et des jeux de lumière sur la matière. Pas à pas, il suit l’élaboration d’une sculpture qui représente un corps portant sa tête coupée dans ses bras. Depuis le travail des abeilles sur la cire, matière première de l’artiste, jusqu’à la fonte du bronze, Parole portée est une parole portée jusqu’après la mort.
Parsha (Le Compromis)
Anat Even | 1995 | 52' | Israël
À partir des coulisses du théâtre où s’est montée pour la première fois une création israélo-palestinienne, Roméo et Juliette de Shakespeare, fut produit par deux troupes de Jérusalem, Al-Kasaba, de l’Est arabe, et Khan, de l’Ouest juif.
Le film re-présente à travers interviews et répétitions, exercices et réflexions à chaud des metteurs en scène et des acteurs des deux bords, les difficultés, les espoirs, l’amour, la haine, les désespoirs aussi qui ont présidé à cette création. La vie quotidienne des acteurs de cette histoire, et en contrepoint, rythmée par Euronews, l’actualité du processus de paix et des explosions terroristes qui ont suivi la fameuse poignée de mains. À la lumière des événements actuels, on entend mieux les incertitudes et le tragique espoir de paix des acteurs, auquel ils n’osent pas croire. La lecture de Shakespeare s’en trouve curieusement éclairée, et la fin réconciliatrice des deux familles Montaigu et Capulet remise aux calendes.
La Peste, Marseille 1720
Michelle Porte | 1982 | 51'
Sur le Grand Saint-Antoine, navire marchand venant du Levant, des cas de peste se sont déclarés. Pourtant, à l’entrée du port de la Joliette on enfreint le règlement de quarantaine… Un des propriétaires de la cargaison est un des premiers échevins de Marseille et « Les liaisons du sang, de l’amitié et de l’intérêt… » La maladie est aux Infirmeries et maintenant dans la cité, mais il faut « sauvegarder le commerce » de la troisième ville de France. Les médecins consultés parlent d’une fièvre maligne ordinaire. Las, l’épidémie explose, se répand, s’enfle, porte la désolation partout, provoquant la terreur et la fuite de ceux qui le peuvent…
« Dans ce journal imaginaire, les personnages, les faits, les événements rigoureusement exacts jusque dans leurs moindres détails, sont extraits des chroniques et des documents de l’époque ». Michelle Porte renouvelle ici avec subtilité le genre du documentaire historique. En jouant de somptueux panoramiques glissants sur la ville et les peintures de Michel Serre.
En donnant à écouter la palpitante et navrante chronique contée par Dionys Mascolo, avec en contrepoint les lamenti du prophète Jérémie dans La chute de Jérusalem, une composition musicale de Delalande.
Que sont mes amis devenus ?
Philippe de Pierpont | 1995 | 52'
« Au cœur de cette histoire, il y a lvana, ex-yougoslave de Belgrade. Et autour d’elle, disséminés dans le monde, ses amis. Certains sont restés à Belgrade et vivent l’exil sur leur propre sol, d’autres ont préféré partir. Il s’agit bien d’un documentaire sur l’exil, sur l’engagement, sur la dignité humaine. »
À l’instar de L’homme qui marche du même auteur, présenté à Gentilly dans la thématique Les Territoires de la Mémoire, ce film propose une complexité et différents niveaux de lecture et de décodage qu’une seule vision n’épuise pas.
Son dispositif singulier – caméras confiées aux différents protagonistes pour témoigner de « leur réalité » à leur guise et le montage-brassage de ce puzzle – navigue entre fiction et documentaire. Que sont mes amis devenus ? pose aussi les questions de l’engagement d’un auteur, du processus de réalisation et de ses « empêchements », de ses contradictions et paradoxes. Reste « l’objet-film » livré au spectateur et à ses interprétations. Il signale aussi de manière prémonitoire le deuil de l’espérance d’une Bosnie pluriculturelle et l’évidente non-résolution du problème des réfugiés…
Qui je suis
Bertrand Bonello | 1996 | 41' | France
En 1966, atteint d’un grave ulcère, Pasolini revient sur sa vie et son œuvre. Il rédige alors un long poème autobiographique, en prose, qu’il remanie avant de le délaisser. Trente ans après sa mort, Bertrand Bonello décide d’en faire un film, en hommage à cet artiste survolté.
Qui je suis ?
Armand Gatti et Hélène Châtelain | 1992 | 40'
Le portrait par eux-mêmes des stagiaires, interprètes de la pièce d’Armand Gatti : le Cinécadre de l’esplanade Loreto reconstitué a Marseille pour la grande parade des pays de l’Est.
Rencontre avec des citoyens remarquables
Rosine Davidson | 1995 | 26'
Le voyage initiatique de jeunes apprentis citoyens, lauréats d’un concours de création sur la démocratie, dont le prix était un voyage à Athènes et au théâtre d’Epidaure, où ils rejouent la pièce qu’ils ont créée à Sevran, en Seine-Saint-Denis, dans un externat médico-professionnel où, rejetés par l’école traditionnelle, ils essaient de recouvrer le droit à la parole, et la maîtrise du langage. Le grand théâtre antique, vide, offre à leur voix ténue ou forte l’écho du lieu-symbole par excellence de la parole publique.
Itinéraire de la cité de banlieue à la citoyenneté idéale, en passant par la Grèce mythique et réelle.
Avec des élèves de l’ESSOR de Sevran et leurs institutrices spécialisées
Rendez-vous avec Paul
Paul Carpita | 1996 | 110'
Rendez-vous avec Paul est un film comprenant cinq court-métrages en noir et blanc, La récréation, Marseille sans soleil, Demain l’amour, Des lapins dans la tête, Graines au vent. Paul Carpita y conte les conditions de leur tournage entre 1959 et 1964.
Rendez-vous sur les Quais de Paul Carpita retrace la grève des dockers de Marseille en pleine guerre « d’Indochine ». Le contexte politique étant ce qu’il est… le film est interdit et détruit dès sa première projection pour « menace à l’ordre public ». Ambiance… censuré et perdu jusqu’en 1989 donc. Automne 1996, sort le second long-métrage de ce jeune cinéaste de soixante-quatorze ans, Les sables mouvants : sur fond de Guerre d’Espagne, dans la Camargue livrée aux magouilleurs immobiliers et aux négriers… Ce cinéaste « empêché », perçu comme le chaînon manquant entre Renoir et la Nouvelle Vague selon les historiens du cinéma, dixit Annick Peigné-Giuly de Libération, n’en a pas moins cessé de tourner, passion oblige…
Santa Sevilla
Julian Alvarez | 1993 | 17'
Quand l’œil d’aigle de la “fishcam” survole la procession de la Semaine Sainte sévillane et sa mystique festive. Des images scandées par la partition sonore des Poema del cante jondo de Federico García Lorca.
Schéhérazade
Florence Miailhe | 1995 | 17'
Schéhérazade raconte la légende inaugurale des Mille et une Nuits.
Ayant découvert l’infidélité de ses épouses, le sultan Schahriar sombre dans la démence. Ni le massacre des amants dans les jardins du palais, ni la rencontre d’un génie plus infortuné que lui, ne comblent sa soif de vengeance. Il décide d’épouser chaque nuit une jeune fille et, pour qu’elle lui reste fidèle, de la tuer au matin. Seule Schéhérazade, aidée de sa petite sœur Dinarzade, saura apaiser cette folie destructrice.
Dans ce récit se mêlent des sentiments avec lesquels il ne fait pas bon vivre, la tyrannie, la jalousie et la fureur, mais aussi le désir, la jouissance et l’apaisement. La légende de Schéhérazade autorise toutes les lectures mais aucune interprétation ne l’épuise.
Schéhérazade n’est pas une courtisane, encore moins une victime. C’est une toute jeune fille déterminée à épouser le tyran pour sauver son pays du désastre. Son mariage est un défi, un acte de résistance. Armée de toutes les histoires qu’elle connaît, celles qu’elle a apprises et celles qu’elle invente, elle se moque de la mort. Elle la pulvérise. C’est cela la splendeur : une femme qui parle contre la mort.
Dans ce film, l’image mène le jeu. La peinture animée, au pastel sec sur papier, crée le rythme où viennent s’enchâsser la musique, le texte et la voix de la conteuse. Ces trois univers constituent les lignes d’une même partition. Chacun, dans son domaine, s’inscrit dans la matière et la couleur même de l’image, le mouvement qui se dessine, l’histoire qui se raconte. Schéhérazade est empreint de l’univers magique et troublant des contes orientaux. Florence Miailhe se laisse porter par cet Orient mythique qui nourrit depuis des siècles l’imaginaire des artistes occidentaux.
Les Soleils de Sadia
Edouard Mills-Affif | 1992 | 17'
Portrait d’une femme maghrébine vivant seule avec ses quatre enfants dans une cité de la banlieue parisienne.
Sottovoce
Claudio Pazienza | 1999 | 105'
Italie, Roccascalegna 1992. Plusieurs femmes racontent leur vie amoureuse à un Corbeau Parlant et… au sombre et célèbre Baron Corvo de Corvis, personnage légendaire du XVIe siècle qui vient de réapparaître miraculeusement dans l’enceinte de son château en ruine. Depuis son retour, le Baron n’a qu’un seul désir : rétablir le droit de cuissage qu’il avait institué dans son village de la région des Abruzzes sans pouvoir jamais l’exercer… « Les premières images datent du mois d’avril 1986 tournées lors du mariage de Mario et Gigliola. En 1988, Mario meurt d’un infarctus. Sottovoce s’inspire de ces événements ainsi que du récit de plusieurs femmes de Roccascalegna dont celui de Gigliola, la jeune veuve. J’ai écrit en pensant aux lieux et aux gens qui ont interprété mon film : les habitants de Roccascalegna (surtout des gens de ma famille, beaucoup d’amis). Il n’y a donc pas eu de casting, ni de véritable distribution de rôles. Il y a surtout des personnes face à la caméra quasi immobiles. Sottovoce est bien sûr une quête des origines, mais c’est aussi et surtout un parcours mi-carnavalesque, mi-sociologique à travers un monde rural en mutation. Un monde où l’importance de la parole, même à voix basse, équivaut à un besoin, une urgence de choisir, de dénoncer et de se définir. C’est du moins ce que j’aime croire. » (Claudio Pazienza)
Claudio Pazienza est né à Roccascalegna en 1962 et vit en Belgique depuis l’âge de six mois. Réalisateur autodidacte, Sottovoce est son premier long-métrage, après plusieurs court-métrages et des études d’ethnologie. Il a fondé en 1988 sa société de production Qwazi Qwazi Film. Il prépare et coordonne actuellement une soirée thématique sur la Belgique pour Arte (diffusion prévue en mars 1997). Enquête à plusieurs facettes sur ce pays, pour laquelle il réalise un long-métrage, inspiré métaphoriquement par le tableau de Pieter Brueghel l’Ancien Paysage de la chute d’Icare.
Claudio Pazienza avec Sottovoce explore une forme originale, la fable documentaire. Une démarche passionnante car elle renouvelle et questionne la « restitution spectaculaire » du travail anthropologique. En jouant sur l’entrelacs du recueil de témoignages des villageois(es) et leur mise-en-scène en « tableaux vivants » de scènes symboliques relatives à la légende fondatrice et à la coutume. À travers ce mode d’exposition, le spectateur est libéré à la fois du commentaire à vocation explicative et de la prétention des images à se « commenter elles-mêmes ». Ce n’est pas un hasard si Sottovoce est le fruit d’un long processus d’élaboration et de maturation basé sur un travail ethnologique réalisé par l’auteur à propos des rituels nuptiaux d’Italie centrale. In fine, Sottovoce est un film d’une complexité subtile dans lequel le spectateur se trouve à la bonne distance : proximité et perspective.
Stories from the old ruin
Irit Batsry | 1986 | 15'
La chute de Pompéi racontée par Pline le Jeune, dialogue avec un processus visuel d’altération et de colorisation fonctionnant comme une allégorie du processus de désintégration des civilisations.
Sur la plage de Belfast
Henri François Imbert | 1996 | 40' | France
Par un jeu de hasard, le réalisateur s’est trouvé en possession d’un film Super 8 dans une caméra offerte par son amie de retour d’un voyage à Belfast. Il découvre des images d’une famille s’amusant au bord de la plage et décide de se rendre en Irlande du Nord pour la retrouver.
Territoire(s)
Malek Bensmaïl | 1996 | 26'
Territoire(s) traite de « l’idée de territorialité ». À travers les grandes dates de l’histoire de l’Algérie, le film explore et questionne les espaces d’appartenance politique, religieuse et sociale. Mêlant et confrontant images d’archives, images actuelles et images fiction, ce document propose un regard personnel sur la violence des deux rives de la Méditerranée à travers trois séquences :
L’Algérie et sa violence « archaïque » : violence de la conquête, violence de la colonisation, violence de la décolonisation, violence de l’indépendance, violence politique. L’Occident et sa violence de « l’hypermodernité » : violence de la dissuasion, violence de pacification, violence du consensus, violence de la communication virtuelle. Le terrorisme et sa violence « médiatique » : violence « exportée » et surmédiatisée.
Un documentaire de création qui s’appuie sur un montage complexe et intense articulé par des proverbes populaires algériens et une bande son originale et hybride.
Jacques Berque (1910-1995), décédé le 27 juin 95, traducteur du Coran, professeur au Collège de France pendant un quart de siècle, est l’un des plus grands spécialistes du Monde Arabe et de l’Islam. II nous livrait une analyse fine et juste de l’actualité arabe et islamique. En dépit de la faillite tragique des rapports de l’Islam et l’Occident, Jacques Berque estimait que la reconstitution sur de nouvelles bases demeurait possible.
Contexte :
Il y a confrontation avec un monde marqué par la mondialisation des échanges, les islamistes expriment d’abord une révolte contre l’ordre établi dans les pays issus de l’indépendance. Toutes les idéologies de légitimation, en particulier celles importées par le Nord, comme le libéralisme ou le socialisme, sont révoquées, tenues par les islamistes et le peuple pour discours menteur.
En Algérie, le FIS entreprend une patiente conquête à partir de la société civile, son implantation sociale en profondeur, conjuguée à l’impopularité du pouvoir permet au mouvement islamiste de se constituer en « contre société ».
L’Islam « actuel » est en train de faire le vide autour du système occidental (pays de l’Est y compris) et de pratiquer de temps en temps, par un seul acte ou une seule parole, des brèches dans le système, où les valeurs occidentales s’engouffrent dans le vide. L’Islam n’exerce pas de pression révolutionnaire sur l’Occident mais il se contente simplement de le déstabiliser par cette « agression virale » au nom du principe du mal.
Le terrorisme est le miroir transpolitique du Mal. Les occidentaux n’ont plus la force de dire le mal. Il est dit ailleurs, face au monde entier, dans un rapport de force politique, militaire et économique, que seuls l’Ayatollah Khomeini, Saddam Hussein puis les islamistes en Égypte et en Algérie par exemple, disposent d’une seule arme, immatérielle : le principe du Mal. Ils incarnent la terreur, ce qui pour les occidentaux est inintelligible, puisque le moindre Mal se trouve asphyxié par le fameux « consensus virtuel ».
Le pouvoir n’existe que par cette puissance symbolique de désigner l’Autre, l’Ennemi, l’Enjeu, la Menace, le Mal. L’Occident, à force de laisser rayonner les valeurs positives, est devenu vulnérable à la moindre attaque virale.
L’Occident n’oppose à ce Mal que les « Droits de l’Homme ».
Le territoire est doublement mis au défi. Il y a adéquation entre l’imaginaire ethnique et l’espace, ce qui implique souffrances, génocides… violences, violence des discours, de la production, de la lecture et de la transformation des images médiatiques… Surabondance, confusion et amalgame engendrés par l’information et sa communication.
Tragédie, ou l’illusion de la mort
Chris Marker | | 26'
À travers les interventions diverses de spécialistes éminents de la tragédie grecque, c’est-à-dire athénienne, (Jean-Pierre Vernant et Cornelius Castoriadis, pour ne citer qu’eux), et, en contrepoint, des extraits d’une représentation de Médée au théâtre antique d’Épidaure par une troupe japonaise, un film didactique qui en dit très long sur les racines archaïques et
rituelles, et d’autre part sur le lien culturel que la tragédie entretient avec le politique, et notamment ce qu’on a nommé la « démocratie ». En quoi le miracle d’Athènes a l’air de confiner, de nos jours, à l’universel. Une espèce de mondialisation des signes. Un regard étonnant sur la modernité de ce théâtre antique-là.
Trois histoires d’amour de Vanessa
Anne Villacèque | 1996 | 45' | France
Trois moments dans l’éducation sentimentale de Vanessa, adolescente de Champigny-sur-Marne. Trois instantanés, filmés à trois différentes périodes de son évolution : treize ans, quinze ans, seize ans. Trois garçons, objets de son amour : Willy, Jonathan, Yacine. De ses balbutiements amoureux de petite fille à ses premiers désirs de femme, Vanessa grandit et construit son histoire.
Trois hommes dans le bus n° 26
Pierre Lobstein | 1995 | 32'
Encore sous le choc du meurtre du jeune comorien Ibrahim Ali, trois jeunes témoignent… De la coutume, de la sagesse, de la solidarité, de la démocratie, de la musique… et de la diversité des opinions dans cette communauté marseillaise de cinquante mille personnes qui vit dans les Quartiers Nord et au Panier.
Un automne en Pologne
Julien Donada | 1996 | 15' | France
« Un peu avant l’hiver, le jour de la Toussaint, j’arrivais en Pologne avec un ami. Mais qu’est-ce que la Pologne ? La Pologne, c’est le pays où l’on va chercher ses origines. Mais pour moi, rien de près ou de loin ne me liait avec ce pays. Aucune origine polonaise, aucun juif dans ma famille, aucun déporté. Rien. Rien ou presque. Cet ami qui m’accompagne a une grand-mère, une grand-mère juive polonaise, elle est tellement discrète là-dessus qu’on l’oublierait presque. La Pologne, c’est le pays où l’on va chercher ses origines, si on n’en a pas, on va chercher celles des autres, et puis aussi, on regarde. »
Un matin d’été à Matmata
François Ode | 1978 | 30'
Une aube ordinaire se lève dans ce bourg tunisien aux habitations troglodytes. Dans cette atmosphère entre chien et loup, dans cette lumière naissante et cette qualité de silence, se dévide l’écheveau des activités quotidiennes qui vont rythmer la journée. Ablutions, quête de l’eau, pétrissage des galettes, mise en route du métier à tisser, installation du marché…
Mais Matmata est inscrite depuis des lustres dans les circuits touristiques. Quand le soleil approche du zénith, les premiers cars se profilent à l’horizon…
Vers le sud
Johan van der Keuken | 1980 | 145'
Depuis trois éditions (les Territoires de la Mémoire, Voix-Musiques-Sons et maintenant Méditerranées) un des films du cinéaste batave (au moins) s’impose dans la thématique. Nul fétichisme ici mais les quelques considérations qui suivent. Comme beaucoup de grands documentaristes, il fut d’abord photographe. La musique de Willem Breuker y est toujours, de façon aussi exquise, à sa place. Si tout film est « une représentation » du monde, il est d’abord du temps d’où affleure une réalité « documentée ». On peut suivre Van der Keuken dans ce « road-movie engagé » d’Amsterdam à la Haute-Égypte selon sa méthode et son éthique « je suis un homme s’avère-t-il, voyageant dans ma tête immobile ». Le film datant de 1980, a-t-il vieilli ? Sans nul doute. Mais comme notre vieux monde patine lui aussi, on ne s’étonnera pas, à travers mouvement squatter, occupation d’église par des ouvriers marocains, évocation de la fin du monde paysan, omerta de la N’dranghetta en Calabre ou bidonvillisation du Caire, d’y trouver quelques correspondances avec notre actualité. Avec une morale de la réalisation qui affiche ses intentions et ses procédés.
