Films


24 rue Bedoyère

Muriel Alliot | 2008 | 43' | Belgique

Documentaire sonore.

Lorsque Roger Jouan tombe amoureux de ma grand-mère, elle a vingt-deux ans et c’est la guerre. Un jour sans prévenir, elle doit partir en France libre avec sa famille pour échapper aux rafles. Il n’en saura rien et ils ne se reverront jamais….


À la limite… Traces

À la limite… Traces

Collectif Les Yeux de l’Ouïe | 2009 | 31' | France

Au risque et limite de l’étouffement, une perception du monde dans un espace confiné. Petit à petit des images flottantes, des atmosphères de travail, des lieux de vie… Un mètre carré d’existence. Habiter un lieu, inventer des perspectives, vivre dans un temps autre que celui vécu par le commun des mortels et pourtant si semblable. Un paradoxe troublant.

Réalisation : Luc Bitsch, Charles Cretello, Christian, Didier, Hakim El Ba, Joel, Marcel, Nordine Benziane, Philippe Tolila.

Co-réalisation : Regina de Almeida, Kamel Regaya, Anne Toussaint.


A Taste of Honey

A Taste of Honey

Simon Rittmeier | 2008 | 10' | Allemagne

Comment sortir des images paradisiaques véhiculées par l’industrie touristique sur Cuba ? Dans ce bref essai, le cinéaste met justement en scène des clichés – au sens propre et figuré. Son cadre, la plupart du temps fixe, agence la réalité cubaine : une femme écrasée de chaleur tenant une échoppe dont les rayonnages sont vides, une prêtresse de santeria (culte vaudou afro caribéen) filmée en plein rite sacrificiel, des couples chenus qui dansent en silence, des ventilateurs et des véhicules hors d’âge…


Aislado

Aislado

Luba Vink | 2009 | 34' | France

Au Nord-Ouest de l’Argentine, dans la région de l’altiplano vit la famille Guaymás.

Mamie tombe malade et doit soudainement laisser sa famille. Dans le vent omniprésent, Santos, le seul homme du foyer, reprend son travail quotidien.

Le film suit le rythme de la vie dans cette campagne aride, où l’attente tient une place centrale.


Akio the Cat

Akio the Cat

Joëlle Janssen | 2009 | 50' | France

La rencontre avec la personne et le travail d’Akio Suzuki est de l’ordre du voyage initiatique et malicieux. Né au Japon il y a près de 60 ans, il a été invité par quelques fous de mes amis de l’association du Sentier des lauzes, dans une vallée des Cévennes ardéchoises.

Akio nous amène à la rencontre d’un rêve décalé qui échappe au déjà-vu, aux pouvoirs, aux entendus et attendus dominants. C’est un parcours, une initiation à une autre manière d’entendre le monde.


Alors, qu’est-ce que tu vas faire ?

Alors, qu’est-ce que tu vas faire ?

Elsa Jonquet | 2009 | 13' | France, Suisse

David a seize ans. Il ne sait pas encore ce qu’il fera de sa vie. En attendant, il prend exemple sur les poissons, et envoie des avions en papier sur la tête de sa grand-mère.


Altzaney

Altzaney

Nino Orjonikidze et Vano Arsenishvili | 2009 | 30' | Géorgie

Les gens de Pankisi Gorge croient que toutes les questions importantes de leur vie et de leur mort devraient être résolues par la médiation d’une autorité. Altzaney est celle qui s’engage auprès de la vie des autres et en prend la responsabilité. Elle est médiatrice lors des conflits, elle est aussi la seule femme à qui on confie les morts. Qu’est-ce qui la rend si distinguée lui donnant cette autorité dans un milieu totalement patriarcal ? Quel est le prix à payer pour cela ? Altzaney en donne un aperçu dans une communauté unique de Pankisi Gorge.


Les Archers

Les Archers

Martin Verdet | 2008 | 59' | France

Sur une île du Danemark, un grand manoir isolé au milieu de vastes terres cultivées se peuple de musiciens et se transforme en une intrigante ruche sonore. Le film se présente comme une leçon de musique où la répétition, l’écriture et l’interprétation sont autant de séquences de travail qui nous montrent comment le savoir des maîtres modèle le jeu des élèves, comment leurs échanges font poindre la révélation.


L’Arrière-pays

L’Arrière-pays

Safia Benhaïm | 2009 | 48' | France

Fin de jour, campagne française. Une femme, ma mère, se promène dans les paysages du Morvan, où elle a choisi de vivre parce qu’ils lui évoquaient sa terre d’enfance, le Maroc. Réfugiée politique communiste, elle a vécu plus de vingt ans en exil. Dans ces paysages du Morvan, vont ressurgir des réminiscences de l’autre lieu. Un pays s’invente dans la mémoire de l’exilée, suspendu entre le souvenir d’une terre absente et la présence d’une autre, entre l’enfance lointaine et une utopie à venir. Un territoire intérieur se propage, semblable aux esprits qui peut-être peuplent la maison.


Attica

Attica

Manon de Boer | 2008 | 10' | Belgique

En collaboration avec plusieurs musiciens, Manon de Boer met en scène une performance de la composition de Frederic Rzewski de 1972, Attica, en même temps qu’un travail lié, Coming Together, composé la même année.


Suite japonaise

L’Autre Côté

Yann Dedet | 2009 | 55' | France

Suite japonaise (2ème partie)

Journal filmé d’un premier voyage au Japon, qui s’intéresse autant aux araignées qu’aux trains, aux femmes qu’aux onnagatas, à Tôkyô qu’à Ôsaka et à l’île de Shikoku, aux petits poissons qu’aux vieilles dames, aux éperviers qu’à tout ce qui est Japonais.


Balade américaine en Flandres

Balade américaine en Flandres

Jacques Loeuille | 2009 | 44' | France, Suisse

Balade américaine en Flandres est un essai documentaire composé de portraits d’adeptes du mythe américain dans le Nord de la France et en Belgique. Ces adeptes sont éleveur de bisons, collectionneur d’armes de la guerre de sécession, animent un village indien, une troupe de théâtre western, un groupe de reconstitution historique… Ils forment les facettes d’une Amérique archaïque dont l’original aurait été égaré – ou qui habite quelque part en nous tous, identique et différent pour chacun, comme un génome.


Balade au bois

Balade au bois

Collectif | 2008 | 8' | France

De l’exposition coloniale aux centres de rétention, une balade au bois de Vincennes incite aux questionnements…


Beautiful Simone / première brique

Collectif Brèch, Quentin Brière Bordier | 2009 | 20' | France

Proposition cinématographique éphémère sous forme d’une projection simultanée de deux films tournés en 16 mm. Montage inachevé de rushs bruts, l’installation se donne à voir comme l’émergence de quelque chose à travers une écriture littéralement corporelle. Il y a des lignes, des sillons, des endroits, physiques et mentaux, des traces d’une histoire passée, et d’une autre en train de se faire en même temps que le film se cherche lui-même.

« Au départ il y a ce lieu.

Puis ces gens dans ce lieu.

Partir déjà de ça.

Des énergies que l’un et l’autre dégagent.

Dans ce cadre.

Dans ce geste.

Et voir ce qu’elles racontent. »

Beautiful Simone est la première brique de l’édification du film documentaire expérimental réalisé par Quentin Brière Bordier dans le cadre du Pli.


La Cage

Rachid Fadlaoui et Mehdi Miègeville | 2009 | 12' | France

Depuis une loi de 2003, « le fait d’occuper en réunion les espaces communs ou les toits des immeubles collectifs d’habitation en entravant délibérément l’accès ou la libre circulation des personnes […] est puni de deux mois d’emprisonnement et de 3750 euros d’amende. »


Capitalisme

Bertrand Gauguet | 2007 | 26' | France

Création sonore

Capitalisme est une pièce de création radiophonique et musicale réalisée en février 2007 pour l’émission Tapage Nocturne de France Musique. Capitalisme évoque à la fois l’univers historique et contemporain de l’économie, des luttes révolutionnaires, de la bourse ; des données monétaires et de certains moments décisifs du XXe siècle. Par le biais d’archives sonores, on y retrouve les discours de personnages phares de l’Histoire (Joseph Caillaux, Joseph Staline, François Mitterrand) qui ont eu des implications déterminantes sur les orientations économiques et politiques, des extraits de chroniques boursières empruntés aux grands médias, ou bien encore le fragment d’une pièce sonore (Le Discours des présidents) de l’artiste Philippe Zunino explorant lui aussi ce thème. Toute la musique composée est originale et presque chaque son a été fabriqué spécifiquement de sorte à prendre à contre-pied le « prêt-à-consommer » des sons dominants produits par les industries – encore qu’il sera possible de reconnaître parfois certains sons familiers provenant de jeux vidéo populaires (Space Invaders, Pac Man) et de films (La Guerre des étoiles) appartenant désormais à la mémoire collective. Capitalisme propose une déambulation d’un îlot sonore à un autre, d’une poche temporelle à une autre, où la gravité s’entrechoque parfois avec la dérision, où la grandiloquence peut revêtir aussi une dimension mystique et faire émerger un sentiment d’étrangeté sur la maîtrise et le cours du temps.


Cercle de Silence

Cercle de Silence

Roland Moreau | 2009 | 3' | France

Une fois par mois des citoyens de la Seine-Saint-Denis se réunissent en silence pour protester publiquement contre les expulsions de personnes.


Le Champ de roses

Le Champ de roses

Galès Moncomble | 2008 | 20' | France

La voix d’un homme nous guide dans les méandres de sa mémoire. Cet homme est mort et c’est d’outre-tombe qu’il raconte son histoire : il parle de sa mort, de la maladie qui l’a réduit à si peu de choses. Cet homme s’appelle Lucas, il est agriculteur.

Son amour pour les roses et pour sa sœur, Hannah, en font un personnage fragile et poétique. C’est un voyage intérieur où les souvenirs d’enfance, incarnés par deux enfants, prennent peu à peu toute la place…


Cochon qui s’en dédit 2 – Maxime, 20 ans plus tard

Jean-Louis Le Tacon | 1995 | 10' | France

Maxime, 20 ans plus tard, revient sur les lieux.


Cochon qui s’en dédit

Cochon qui s’en dédit

Jean-Louis Le Tacon et Thierry Le Merre | 1980 | 40' | France

Le film traite du rapport d’un homme à son travail. Celui de Maxime avec son élevage industriel de porcs en système hors sol, qu’il a monté avec un plan de financement alléchant. Mais avec le temps, tout ne va pas pour le mieux. Il se débat dans l’univers qu’il contribue malgré lui à créer.

Les gestes simples du travail quotidien le ramènent à ses fantasmes, la castration, la mutilation, l’univers concentrationnaire de l’élevage.


Culture et culture

David Sorin | 2009 | 9' | France

Ce film, qui prend pied dans le chantier du Théâtre de Poitiers au printemps 2008, tente d’interroger les problématiques qui règnent à l’orée de l’ouverture de ce nouveau temple : la culture pour qui, comment ?


C’est nu-pieds qu’il faut marcher

C’est nu-pieds qu’il faut marcher

Pia Lutier | 2009 | 65' | France, Suisse

Deux danseuses ont décidé d’adapter l’œuvre de Louis Calaferte Mégaphonie.

Lucile et Milena se lancent dans ce projet théâtral, avec en toile de fond un questionnement : comment parler de la dictature ? Comment l’exprimer autant par le corps en mouvement que par le texte ? C’est l’histoire de deux corps qui cherchent et tâtonnent, d’un passé qui ressurgit et s’exorcise pour Milena, exilée chilienne.


Dans nos déserts

Dans nos déserts

Elise Devernoix | 2009 | 55' | France, Suisse

Une déambulation hivernale là où l’on ne s’arrête pas : une zone d’activités commerciales (ZAC).

Une errance qui n’a qu’un seul but : la rencontre avec l’Autre dans un lieu impersonnel et déshumanisé.


De Monstruos y faldas

De Monstruos y faldas

Carolina Astudillo | 2008 | 24' | Espagne

Libertad, Enriqueta, Maricarmen et Albert évoquent les années où leur mère et leur tante sont restées dans la prison Les Corts, temps d’innocence, de désespoir et de détresse. Leurs histoires d’enfance nous immergent dans un monde dont les personnages principaux sont la mémoire, l’oubli et le passage du temps. Balancée d’avant en arrière dans un mouvement pendulaire, la mémoire prolifère, disparaît et s’éteint.


Le Début de la fin

Le Début de la fin

Caroline Lejeune | 2008 | 5' | France

La City, Londres. Quartier des affaires et des flux.


Des Tarentelles

Des Tarentelles

Katharina Bellan | 2008 | 21' | France

Un 28 juin à Galatina dans les Pouilles au sud de l’Italie, des hommes et des femmes dansent la Tarentelle toute la nuit. Souvenir du 28 juin 1960 filmé par Mingozzi, quand les femmes entraient en transe pour se libérer de la morsure de la Tarentule. Bientôt, seules les pierres sauront comment le rite s’est mué en folklore.


Échangeur Porte de Bagnolet, décembre 07

Échangeur Porte de Bagnolet, décembre 07

Christophe Nanga-Oly | 2008 | 26' | France

Au départ du projet, un désir de filmer la vie quotidienne d’une communauté de travailleurs bulgares, ayant installé un campement de fortune au bord de l’échangeur de la Porte de Bagnolet à Paris. L’Est de l’Europe et Paris sont reliés et séparés par la route, une route qui passe par cet échangeur là.


Farenji

Farenji

Jean-Marc Lamoure, Uli Wolters, Guillaume Cros, Quentin Leroux et Loïc Marmet | 2009 | 70' | Éthiopie, France, Soudan

Création originale et pluridisciplinaire, à la frontière du cinéma, de l’expression musicale et du slam, Farenji s’appuie sur un carnet d’images tournées en Super 8 entre Marseille et l’Éthiopie où Farenji désigne l’étranger par ce terme dérivé de « franc », « french » puis « foreigner ».

Héritier des premiers âges du cinéma, Farenji revisite la tradition du ciné concert en une performance dont tous les éléments (image, musique, ambiance sonore et voix) sont joués en direct (quatre musiciens et un narrateur).

Proposition poétique et politique, Farenji ouvre un questionnement personnel puis collectif sur les notions d’identité d’emprunt, d’altérité fantasmée, et de rencontres improvisées.

Dans un paysage musical ondulant entre jazz éthiopien et musique électronique, Farenji choisit ses commémorations et nous renvoie à notre qualité d’étranger comme plus intime dénominateur commun.

Partant de l’idée qu’un film documentaire est avant tout une rencontre, le présenter en ciné concert est une façon de prolonger cette expérience tout en l’actualisant, de faire vibrer une question dans un espace de projection.

Marseille, lors d’un retour d’Éthiopie

« Je rentre au pays comme on dit.

Revenant d’un Ex-Empire imaginaire aussi fier et jaloux de sa culture que celui d’où je viens. Aujourd’hui le spectre de l’immigration plane sur une identité nationale parfaitement fictive et imaginée et on le sait bien d’ici aussi où l’on vient de partout : L’identité c’est comme un oignon dont on chercherait désespérément le noyau en pleurant.

Regarde :

On s’y tortille encore autour de l’article 4 de la loi du 23 février 2005 qui nous parle de valoriser le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord.

On appelle ça la Nostalgérie cousin, ce syndrome qui frappe les sexagénaires au pouvoir et émeut leur électorat réactionnaire.

On ne peut définitivement pas laisser à l’État le droit de réécrire l’histoire, ce palimpseste notoire qui se dessine toujours au présent.

J’aimerais lire dans les manuels scolaires que l’Europe c’est peut être d’abord le rêve inachevé d’un certain Napoléon fou de guerre qui n’est pas mon héros. Parlons encore d’un petit groupe de pays plutôt chrétiens et royalistes dont les élites se sont enrichies et développées techniquement sur le dos de leurs colonies, mais on a la mémoire courte, alors on commémore… Je commémore, tu commémores, ils commémorent…

Commémorons ensemble la grande bataille d’Adoua et l’Ethiopie rebelle aux colons italiens qui compte aujourd’hui plus de cinq cents ONG présentes en permanence dans le pays.

Commémorations choisies :

Dans les années quarante, un certain Pablo Picasso s’est vu refuser sa demande de naturalisation française pour ses idées extrémistes tirant vers le communisme. On ne l’y reprendra pas.

À la même époque, Pier Paolo Passolini comparait les conditions de vie de La Calabre au Yemen, pas si loin le Yemen. Yeh men !

Je garde en creux ces mots de lui : « Je voudrais me jeter sur les autres, me transfigurer, vivre pour eux. »

Je marche encore un peu, m’acclimatant à ma clinique, antique athée aux élans mystiques je songe à tous ces anges pour qui la France représentait l’asile et je sais que d’ici aussi on essaie de fuir.

A l’heure où je parle, à Calais, on s’efface méthodiquement les empruntes digitales au rasoir puis à la braise alors je dois noter que ce n’est peut-être pas un hasard si dans de nombreux pays, on utilise le terme « français » pour désigner l’étranger. »

Extrait de Farenji, un documentaire en ciné concert 


Festival Panafricain d'Alger, 1969

Festival Panafricain d’Alger, 1969

William Klein | 1969 | 112' | Algérie

Le Festival Panafricain d’Alger, qui s’est tenu en juillet 1969, a donné lieu à un film produit par l’Oncic. Et c’est William Klein, qui s’est chargé de donner une cohérence à un large matériau composé de prises de vues tournées par diverses équipes et d’archives de luttes anticolonialistes en Afrique.


France 2007

France 2007

Gee-Jung Jun | 2007 | 20' | France

Des corps, des visages, des regards, des lieux de vie, de l’humanité. Cela se passe en France, en 2007, dans un bidonville de Lyon, habité de Roumains, de Tziganes, oubliés de la société, sans papiers, sans droits, qu’en d’autres contrées on appellerait des intouchables.

La force du film est de laisser s’épanouir dans la splendeur de ses images l’évidence du bonheur quand le consensus ambiant rumine la langue asséchée du misérabilisme. Dans ce parti-pris de la vie, le geste est éminemment politique. Eloquence du cinéma muet.


Le Garçon avec les cheveux dans les yeux

Le Garçon avec les cheveux dans les yeux

Christophe Pellet | 2009 | 19' | France

Une femme assise devant un écran : on ne sait s’il fait jour ou nuit dehors. En ce lieu, la lumière des écrans domine celle du temps. La voix intérieure de cette femme raconte une vie solitaire et recluse. Par cette voix, nous parvient son désarroi face à une vieille photographie en noir et blanc qu’elle vient d’exhumer. Sur cette photo : un visage, celui d’un garçon. Qui est ce garçon ? Quand l’a-t-elle rencontré ? Et où ?


Genie, Kaspar et les autres, scénario

Genie, Kaspar et les autres, scénario

Florence Pezon | 2009 | 30' | France

Genie est une petite fille trouvée par les services sociaux en 1971 près d’Hollywood. Privée de langage car tenue enfermée depuis sa naissance par ses parents, une équipe de linguistes la prend en charge. Kaspar Hauser a vécu une expérience similaire en 1828, à Nuremberg en Allemagne. Le film les met en écho, en portraits fragmentés et parallèles, au conditionnel d’un film à venir. Un scénario filmé.


Geschichte der Nacht

Geschichte der Nacht

Clemens Klopfenstein | 1979 | 103' | France, Italie, Suisse, Allemagne

Des scènes de la nuit filmée dans quelques dix-neuf grandes villes européennes. Architectures nocturnes et rues presque vides : comme autant de présences disparues.

« Prises de vue réalisées de nuit dans 19 pays européens, avec une caméra tenue à la main et animée de légers mouvements comme ceux de la respiration. Les rumeurs de la nuit. Nuits sombres, nuits claires. De ces séquences nocturnes se dégage l’image de la nuit en un seul lieu (intérieur). Le réalisateur n’a installé aucun éclairage ; il a utilisé du matériel Kodak 4 X, poussé jusqu’à 1200 ASA.»

Martin Schaub, L’Usage de la liberté, le nouveau cinéma suisse 1964-1984,  éd L’âge d’homme /pre Helvetia, 1985, p159.


Hana No Miyako

Hana No Miyako

Hata Akihiro | 2008 | 26' | France

Un documentaire sur une maladie mystérieuse nommée « Le syndrome de Paris ». Une enquête pour définir la nature du syndrome qui nous mène vers la frontière entre la réalité et la fiction.


Harguine, Harguine

Harguine, Harguine

Meriem Achour Bouakkaz | 2008 | 24' | Algérie

Pourquoi veulent-ils tous partir coûte que coûte, acceptant tous les risques, malgré les dangers qu’ils savent terribles ? Qu’est ce qui les pousse à fuir leur pays ? Pourquoi sont-ils toujours plus nombreux à choisir cette voie ? Que cherchent-ils ? Qu’espèrent-ils y trouver ? Quel est donc ce rêve pour lequel ils sont prêts à mourir ?


Hazo mena, Les hommes du bois rouge

Hazo mena, Les hommes du bois rouge

Federico Varrasso | 2009 | 52' | France, Belgique

À Madagascar, savoir-faire artisanal rime encore avec survie. Même si les chants fredonnés laissent échapper quelques constatations amères, personne ne rechigne devant de lourds labeurs. Pour quelques centimes, les travailleurs saisonniers, Léon, Jean et Gilbert, tous comme les habitants des plantations villageoises d’eucalyptus, sont prêts à assumer les tâches qui jalonnent le périple du bois rouge jusqu’à sa livraison en aval du fleuve, aux portes de la ville…


Hiver (les grands chats)

Hiver (les grands chats)

Marianne Pistone et Gilles Deroo | 2008 | 55' | France

Les enfants s’en tapent de l’hiver qui arrive. À se marrer sous les grands chats, à s’embrasser. Sous de pauvres abris. Il fera nuit de plus en plus tôt. L’hiver tombé comme une sentence, ça y est faut allumer. J’aurais voulu que Mimi soit intacte, rien n’aurait dû l’atteindre… Ni l’hiver.


Hors saison

Hors saison

Jean-Claude Cottet | 2008 | 42' | France

Vendredi 24 mai 1996, dans le hameau de « Gremey » en Haute-Savoie, la maison dans laquelle j’ai grandi vient d’être vendue aux enchères. J’avais vingt ans à l’époque, il fallait quitter cette baraque. Je me suis enfui, loin, ailleurs, tandis que mes parents sont restés là à vivoter dans les alentours de ce petit hameau de moyenne montagne. Après douze années de relations en pointillé, où l’on ne se voit pratiquement plus, comment revenir ?


Ici,

Ici,

Laurent Thivolle | 2009 | 18' | France

Il n’y a pas de corps, pas de visages, quelques fantômes dans un non-lieu. Un non-lieu réel habité par le son de ceux qui le peuplent. C’est un jeu entre l’image et la réalité vivante de cette image. Entre la vie projetée, la vie réelle. Il y a le bien être en question mais lequel ?


« Ici, c’est l’Iran… »

Collectif Ruban Vert | 2009 | 10' | France, Iran

Iran, juin 2009. Le résultat des élections est contesté par un grand nombre d’Iraniens. La répression s’abat violemment. Répondant au slogan « un citoyen, un média », des Iraniens anonymes décident de résister par leur propre moyen au black-out de l’information. S’emparant des nouveaux réseaux de communication, ils feront entendre leur propre voix au monde entier. Ce film est un témoignage de cette insurrection au travers des images anonymes publiées sur internet, au fil des évènements de l’été 2009.


L’Instinct de conservation

L’Instinct de conservation

Pauline Horovitz | 2009 | 4' | France

Sur tous les objets qui devraient finir à la poubelle, mais que je garde, parce qu’ils sont devenus des reliques de personnes absentes : tickets de métro, lettres, vieux jouets, savons d’hôtels, etc.


Isabelle Eberhardt, ou la fièvre de l’errance

Isabelle Eberhardt, ou la fièvre de l’errance

Ali Akika | 2008 | 59' | France

Dans Isabelle Eberhardt, ou la fièvre de l’errance, le cinéaste va à la recherche des traces que la légendaire écrivaine d’origine russe a semées à partir d’El Oued en passant par Alger, Béchar, Kénadza et enfin à Aïn Séfra où elle repose à jamais dans un cimetière à l’ombre et dans le silence de ce désert qu’elle a somptueusement décrit.

Fuyant le continent où Nietzche avait annoncé « la mort de Dieu », elle va à l’aventure dans les immensités du désert, lieu historique et mythologique des croyances monothéistes, pour assouvir son besoin de spiritualité et se découvrir une nouvelle identité, elle qui a tant souffert du « néant » du père et de l’exil en Suisse, loin de son pays la Russie qu’elle n’a jamais connue mais qu’elle a toujours fantasmée et chérie.


Je m’appelle Hélène

Je m’appelle Hélène

Hélène Motteau | 2008 | 56' | France, Belgique

C’est l’histoire d’une jeune femme qui va à la rencontre de sa mère et de la mère de sa mère au même âge. La vingtaine. 1956 pour l’une, 1977 pour l’autre.

C’est une enquête sur la vie de ces femmes à ce moment-là, par le biais des traces laissées. Parce qu’il faut leurs traces pour engendrer la sienne…


Joëlle Léandre basse continue

Joëlle Léandre Bassecontinue

Christine Baudillon | 2008 | 140' | France

Joëlle Léandre, contrebassiste, improvisatrice et compositrice est une des figures importantes de l’improvisation libre. Formée à la musique d’orchestre et à la musique contemporaine, elle joue plusieurs années au sein des ensembles Itinéraire, 2e2m ainsi que l’Intercontemporain de Pierre Boulez. La contrebasse, compagne d’une vie vouée à la musique, est décrite par l’instrumentiste comme un appel venu de l’adolescence, une attirance pour les profondeurs et la gravité – celle des sons et celle, plus concrète encore, qui permet de se tenir debout, en équilibre précaire, sur la sphère terrestre.

Christine Baudillon ne s’est pas trompée : dès les premières images de son portrait, elle cadre serré un corps large, rond, amoureusement arc-bouté sur une pièce de bois non moins ronde, large, dansant elle aussi sous les coups d’archet et les allers et retours de la main sur son cou. Dans une réalisation sobre, tout en plans fixes, la cinéaste offre un idéal contrepoint à l’énergie débordante de son sujet.

La jeune réalisatrice montpelliéraine, qui se prête régulièrement à l’art du portrait, y suit Joëlle Léandre en diverses sessions live, de Paris à Tel-Aviv en passant par Oakland, Ramallah, et saisit d’intenses moments de jeu où se croisent nombre de figures de la musique improvisée : Fred Frith, Barre Philipps, George Lewis, Anthony Braxton, Daunik Lazro, Lauren Newton, Jean-
Luc Cappozzo ou encore Jean-Claude Jones. Entre deux avions, Christine Baudillon capture son volatile sujet et le fait parler : de ces entretiens se dégage une philosophie de vie mûrie par le travail sur l’instrument. Et sur ses terres du sud de la France, dans un jardin dont elle amasse l’herbe fraîchement coupée, Joëlle Léandre apparaît telle qu’elle se décrit : une travailleuse du son,
une paysanne des notes, revenue de toutes les  virtuosités pour simplement se laisser traverser, avec son instrument, par le flux de la vie.


Le Juste prix

Sylvie Coren et Patrick Laroche | 2003 | 11' | France

Andines est une Scop importatrice d’Afrique et d’Amérique latine. L’équité des échanges et la valeur ajoutée du commerce équitable, une réalité tangible ? montrable ?


Kalamees

Kalamees

Eléonore de Montesquiou | 2009 | 28' | Estonie

Sasha est pêcheur. L’hiver, il pêche sur les rivières ou les lacs gelés à la frontière entre l’Estonie et la Russie. Sasha est né à Narva (Estonie), il a grandi de l’autre côté du pont, à Ivangorod (Russie). Aujourd’hui, il franchit le pont tous les jours et travaille à l’usine de Kreenholm, à Narva.

Mon film est un moment en suspension dans cet entre-deux qu’est le lac gelé entre la Russie et l’Estonie : que cela signifie-t-il de vivre sur une frontière à la limite de l’Europe ? Comment s’organise la pêche dans ces conditions de froid extrême ?


Koto corse

Koto corse

Yann Dedet | 2008 | 56' | France

Rencontre musicale pour un concert entre la kotoïste, interprète et compositrice Mieko Miyazaki, et le groupe de poliphonies corses Voce Ventu. Après le concert dans l’église d’un village corse, ils ne peuvent s’arrêter de chanter ensemble.


LATINOAMERICANA 2002 – journaux parallèles

LATINOAMERICANA 2002 – Journaux parallèles

Fabrice Castanier | 2009 | 195' | France

Road-movie à travers l’Amérique Latine, « avec le Che comme prétexte » – la route suit celle de son journal de voyage en 1952 – LATINOAMERICANA   explore la société latino-américaine contemporaine et son rapport à sa propre conscience et à son histoire. Intégralement tourné en Super 8, ce film est un journal de voyage impressionniste à la première personne qui part à la rencontre d’une Amérique des exclus. De Buenos Aires à San Pablo de Loreto, village perdu au fin fond de la jungle péruvienne, sur le fleuve Amazone… À la recherche d’une réalité sud-américaine autre que celle des particularismes nationaux et des clichés pour touristes… Découvrant cette Amérique Majuscule, comme l’avait perçue Ernesto Guevara : celle qui croit, qui lutte, qui pense encore aujourd’hui autrement et n’accepte pas la fatalité de la crise économique généralisée ou du modèle néo-libéral comme unique horizon pour en sortir !


Lumière du Nord

Lumière du Nord

Sergei Loznitsa | 2008 | 52' | France

En cette fin d’automne, juste avant que la nuit polaire n’ensevelisse tout, quelques heures de lumière par jour subsistent dans le village de Soumskiy Pozad, à mille kilomètres au nord de Saint-Pétersbourg, en Carélie, au bord de la Mer Blanche. C’est la Russie des forêts sans fin et des carrés de patates. Relié au reste du pays par une vague route boueuse et un morceau de voie ferrée, le village vit dans un temps suspendu et mystérieux. Les habitants, robustes et intransigeants, travaillent tranquillement : aucune nécessité autre que les conditions climatiques ne les presse. C’est la Russie heureuse, encore, et froide.


La Maison vide

La Maison vide

Stéphane Breton | 2008 | 52' | France

Dans les confins de l’Amérique du Nord, une petite communauté espagnole fondée au début du XIXe siècle survit, ou plutôt s’éteint tranquillement, au milieu d’une région aride rongée par la rouille, la bière et les vents de sable. Des carcasses d’engins agricoles et des cadavres de vaches jonchent la terre ingrate. Ce monde filmé à distance d’ivrogne donne une impression de déroute délicieuse. Le chaos des jours ordinaires d’un lieu vidé de tout ne rend pas l’existence plus difficile, mais plus légère.

Tourné en coulisses, du point de vue d’une caméra subjective, ce film raconte ses relations ambiguës et ses négociations d’épicier avec les gens de ce village perdu dans les montagnes.


Mbuji-Mayi, l’ordre du polygone

Mbuji-Mayi, l’ordre du polygone

Benjamin Bibas, Emmanuel Chicon, Jean-Philippe Navarre, Samuel Turpin et Sébastien Lecordier | 2009 | 3' | France

Création sonore

Documentaire radiophonique sur l’extraction du diamant aux alentours de Mbuji-Mayi (République démocratique du Congo). Ce diapocast donne à entendre et à voir l’univers physique et psychique dans lequel les mineurs artisanaux ou « creuseurs » sont plongés.


La Métamorphose d'Agnès Sorel

La Métamorphose d’Agnès Sorel

Frédérique Menant | 2009 | 6' | France, Belgique

Février 2009. En préparation à l’atelier « Portraits sonores », du festival international des scénaristes, nous visitons le Palais Jacques Cœur, à Bourges. C’est à partir d’un élément qui nous aura inspiré lors de cette visite que nous devrons réaliser un film de cinq minutes dont l’écriture devra partir du sonore, un film qui doit produire de l’écoute, travailler le rapport son / image à partir du son, et non de l’image.

Agnès Sorel, maîtresse de Charles VII, amie de Jacques Cœur, attise ma curiosité. Comment faire émerger, du silence du passé, un si lointain personnage ?


MM, Last Interview

MM, Last Interview

Guillaume Bureau | 2009 | 56' | France

En juillet 1962, chez elle, Marilyn Monroe accorde à Richard Meryman ce qui sera sa dernière interview. Elle meurt dans la nuit du 4 au 5 août 1962. Richard Meryman publie des extraits de leurs conversations dans Life Magazine le 17 août 1962. Le film met en scène cette interview. Dominique Coquard en interprète le texte.


Mon petit frère de la Lune

Mon petit frère de la Lune

Frédéric Philibert | 2008 | 6' | France

Une petite fille essaie de comprendre pourquoi son petit frère (autiste) n’est pas vraiment comme les autres enfants et donne sa version des faits.


Motu Proprio

Motu Proprio

Marie Cerise Risacher | 2009 | 13' | France

Il s’agit d’une réflexion autour de l’influence du mouvement quotidien utilitaire, de l’architecture industrielle, et du paysage urbain sur ma démarche chorégraphique. La danse traitée sous forme de séquences de dessins et peintures animés, est mise en relation avec des prises de vue tournées dans le port et la ville du Havre.


Les Négriers

Sacha NGL | 2009 | 7' | France

À partir du printemps 2008, des collectifs de travailleurs « sans-papiers » se mettent en grève dans un certain nombre d’entreprises d’Île-de-France. Témoignage photographique et sonore sur un piquet de grève.


Obama le renoi

Nathalie Loubeyre | 2009 | 7' | France

Film collectif réalisé avec un groupe de jeunes de Bobigny sur les espoirs et les doutes que suscitent en France l’élection d’Obama à la présidence des États-Unis.


Les Oiseaux d’Arabie

Les Oiseaux d’Arabie

David Yon | 2009 | 40' | France

À l’aube de la seconde guerre mondiale, des milliers de réfugiés espagnols traversent les Pyrénées pour fuir l’avance des Franquistes. Antonio Atarès est l’un d’eux : un visage parmi d’autres. Arrivé en France, il est interné au camp du Vernet puis déporté aux portes du Sahara, à Djelfa en Algérie. En mars 1941, il reçoit une lettre de quelqu’un qu’il ne connaît pas, la philosophe Simone Weil. Ces deux destins vont se croiser dans la pénombre de l’histoire.


Oniro

Oniro

Anne Fremy | 2009 | 25' | France

Au Japon, dans la rue et dans les gares, les « Ekisha » lisent l’avenir dans les lignes de la main, à la lueur d’une bougie. D’autres systèmes divinatoires, l’Omikuji ou « l’honorable loterie », le jeu des coquillages, le jeu des cartes poétiques ou le loto des images, associent des images dans un mélange de hasards et de déterminations.

On les interprète comme des signes du destin ou comme un portrait personnel. On peut aussi bien les considérer comme un récit.


L’Orage

Dominique Vincent | 2009 | 7' | France

Un soir, en banlieue, vu de ma fenêtre. Et puis, l’orage.


Pamięć

Pamięć

Pauline Julier | 2008 | 33' | France, Suisse

Prélude. La voix-off s’installe dans le noir. Elle raconte un rêve. On apprend que sa cheville a un trou.

1er tableau. Le travelling commence dans les bois. La voix revient. Elle raconte son enfance, sa mémoire. On comprend qu’elle est la petite fille. On la voit ensuite, enfant.

Retour au noir. Une femme apparaît. C’est la mère. Face caméra. Elle entame le récit d’une lettre, faite à sa propre mère. Plus tard viendra la troisième femme, la mère de la mère, atteinte de la maladie d’Alzheimer. Elle perd la mémoire.

L’histoire recommence alors.


Pays barbelé

Pays barbelé

Jef Monteil | 2006 | 7' | France

Souvenir d’enfance du Mesnil-Amelot où il faisait bon faire du vélo… Une frontière entre la ville et la campagne. Aujourd’hui cette ville accueille le plus grand centre de rétention de sans-papiers en attente d’expulsion.


Le Pays du chien qui chante

Le Pays du chien qui chante

Yann Dedet | 2002 | 95' | France

Tôyô et Yoshiko Mahiru, deux scientifiques japonais, s’installent dans un petit village du Jura entouré de forêts. Tôyô, musicologue, est à la recherche d’un chien qui chante. Sa femme, elle, mène une étude sur l’habitat religieux ancien en France et au Japon. Tôyô et Yoshito ont tout apporté avec eux – tatamis, algues séchées et portraits d’ancêtres – ne manquant pas de susciter la curiosité des habitants.

Très vite, Tôyô est envahi par une idée incongrue, impérieuse et presque folle : dans le désir qu’il perçoit chez un jeune villageois pour sa femme, il voit le moyen d’assurer une descendance à leur couple encore sans enfant. Il organise alors secrètement sa disparition pour laisser la place au jeune homme auprès de sa femme…

« Le Pays du chien qui chante tourné en 2001 avant que j’aille au Japon et que je n’apprenne la langue japonaise, transporte le Japon dans le Jura – le petit village des Piards – pour essayer d’y faire vivre quelque chose de japonais. Ce film est le désir de mêler un amour physique pour une contrée, le Jura, à l’amour phantasmatique pour un pays, le Japon. »

Yann Dedet

Le pays du chien qui chante

« Tu auras ton enfant la-bas… » Le petit village du Ferroz, situé dans les monts jurassiens, est l’archétype de la bourgade autarcique, éloignée et retranchée des turpitudes du monde. La surprise des habitants est d’autant plus grande lorsqu’ils voient arriver sur le territoire de la commune un couple de scientifiques japonais avec armes et bagages : Tôyô et Yoshiko Mahiru.

Ces deux représentants d’une culture étrangère et exotique sont en réalité les derniers descendants d’un village nippon analogue ayant fini par s’éteindre, sa population décimée par la guerre ou la famine. Tôyô est un musicologue à la recherche du célèbre chien qui chante, tandis que sa femme, archéologue, mène des études sur l’habitat religieux des temps passés et souhaite mettre en parallèle les monuments japonais et français. La curiosité et la défiance passées, les rapports entre les autochtones et les étrangers s’assagissent et l’intimité se fait jour. Pourtant il y a une troisième mission primordiale pour le couple de voyageurs : celle de procréation, pérenniser leur lignée chancelante et atrophiée. Un besoin incessant et impérieux de descendance qui fera naître en Tôyô la plus incongrue des idées, céder sa place à un jeune homme, fort et fougueux, capable de faire perdurer le nom de Mahiru.
Dans ce premier film de Yann Dedet, monteur attitré de François Truffaut, Maurice Pialat, Philippe Garrel ou Jean-François Stévenin, le thème de la filiation et du legs dans la destinée et la valeur de la vie des hommes est placé au centre du récit. De lui naît le rythme et l’empathie. Dans sa quête spirituelle, l’homme, par égoïsme ou abnégation, souhaite se sacrifier ou exister en trouvant sa place (parfaite synecdoque que ce mouvement tournant de caméra nous présentant la pièce vide et austère attendant d’être occupée), en laissant une trace tangible et vénérable. Le long-métrage est forgé à cette image : il est lui-même né (dans la réalité et la fiction) du film de Jean-François Stevenin, Passe-Montagne (co-monté par le cinéaste), où un chien poussait des vocalises et que les deux scientifiques japonais ont vu à Kyoto. En outre, il absorbe et agglomère diverses influences, le laconisme et l’autisme – qui met en exergue la mouvance artistique des personnages, David Cronenberg ne nous a-t-il pas prouvé récemment avec Spider que les deux comportements étaient intimement liés ? – du cinéma slave (la première scène est l’identique du plan inoubliable et lancinant du Miroir d’Andreï Tarkovski), l’obédience naturaliste et confidentielle d’un cinéma français où souffle un vent de liberté et enfin la contemplation et l’ellipse propre au figuratif asiatique. Il s’agit alors moins d’un remake ou d’une quelconque suite que de refonder une existence sur les cendres d’une autre, générer une œuvre en réaction à une autre.

Éloge du montage. Marier les influences, les époques et le temps, voilà la proposition enthousiasmante du réalisateur qui éprouve ici sa conception de la mondialisation. Les antagonismes de surfaces se résument à un achoppement de cultures, une opposition ludique et drolatique de traditions et de couleurs. En profondeur les êtres se ressemblent, ontologiquement, ils s’harmonisent aux battements des vagues et aux brises légères (le ressac d’Hokkaido se superposera aux dodelinements des branches de résineux), trouvent leurs racines géologiques et généalogiques dans des strates mitoyennes ou identiques. Les mots du couple en extase devant le paysage jurassien seront « Ça ressemble presque » – à leur contrée originelle – une assertion désarmante et confondante de pureté et de simplicité sur la fraternité des peuples et l’égalité. Le mélange, la brume se propageant délicatement sur un lac : la confusion se prolonge jusque dans les nationalités transcendées par le sol et la terre. Pour l’artiste cette mondialisation se fait décalée et curieuse, anecdotique et périphérique, adepte des marges et abhorrant le centre, elle n’est que confrontation ou plutôt subtil rapprochement, idoine à déployer la beauté du monde. Les distances physiques sont abolies par un incessant dialogue, un renvoi de balle entre cultures, cuisines ou habitats, et il faut une carte murale ou une pierre en forme d’une île pour nous rappeler l’éloignement. Indiciblement et imperceptiblement les symboles (les décors nus, la mousse, le bois, les pierres lavées), l’intensité (la scène d’amour et le dépucelage dans les kimonos, feutré et tendre ou le dernier coup de fil de Tôyô) et la splendeur (des paysages ou de la photographie) concourent à marier la bizarrerie, la cruauté et les émotions ineffables de l’existence. Là, les automatismes du monteur s’expriment et le long métrage devient le « film-montage ». Bien entendu dans son rythme avec ses césures formelles (la chute et l’oiseau qui s’envole ou un volet fermé par Sylvain et les rideaux tirés par Tôyô) ou ses audaces (le visage de Yoshiko apparaissant en reflet sur la pupille de son mari, aorasie évanescente interrompue par un pull enfilé – il s’agissait de ce que Tôyô imaginait, la tête engoncée dans son vêtement). Pourtant cette volonté va s’immiscer dans chaque interstice du récit, propre à retranscrire l’improbable et fugace équilibre régissant nos vies. Il y a l’opposition des mœurs, le physique et la spiritualité (les deux hommes clivés, l’un impétrant de la femme et du rôle de procréateur, l’autre, préposé à l’épanouissement artistique et géographique – il sème) de l’imaginaire et du quotidien (par exemple ce village retiré aux confins du monde oscillant entre fiction et réalité comme l’antichambre de la vie), de la géomancie aussi bien que de la géographie, sans oublier le traditionalisme et la modernité (l’ordinateur portable comme aide à la cueillette des champignons), les religions et la conception même du monde entre lyrisme plein d’emphase et sécheresse des haïkus. Dans ce conte achronique – voir uchronique –, en apesanteur (le couteau semblant tomber au ralenti) et au dénuement barbare et saisissant, les rapports à un archaïsme et à l’évolution sont stigmatisés, l’homme est incapable de vivre dans le présent se projetant sans cesse dans son passé ou son futur (la maîtresse d’école, le jardin de pierre, l’arc, une société agreste ou bucolique…), par paresse, couardise ou déterminisme. Quand le monde lui devient intolérable, il se tourne vers les divagations et la nature, saine et pure. À ce titre le plan d’une beauté plastique exceptionnelle de Yoshiko offrant son sexe au soleil équivaut à la plus intime des communions et des rédemptions.
La femme des vallées perdues. Car dans le silence d’un paysage majestueux, sur un tapis d’épines éreintées, l’altérité de chacun s’épanche à loisir. La réussite du cinéaste réside alors dans la démonstration de cette faille intrinsèque qui s’enfonce au fil du temps dans des abîmes insondables. Par sa construction complémentaire, en écho, le long métrage présente une vie oppressante et libre, deux sensations toujours subtilement agrégées. La force de la volonté et de l’inéluctabilité du destin lorsque le nez à la fenêtre du train, le couple nippon reçoit fugacement l’image-prémonition de Yoshiko avec un homme en excursion. À moins que le temps, vaporeux, musarde au gré du climat, sous l’impulsion de cette lumière – divine ? – parlant à Yoshiko dans la première scène. On ne saurait faire fi de tous ces plans, stases contemplatives d’un ciel dont sont nés deux anges déchus. La fiction absconse (réaliste, chimérique et spirituelle à la fois) permet donc de rendre la tension inhérente à chaque moment de l’existence, y compris celui jouxtant l’acte sexuel (Yoshiko sous la douche un filet de sang sur sa cheville ou la même jeune femme couchée sur le sol sous un soleil rasant). L’altérité qui nous sépare de nous-même serait alors bien moins aisée à combler que celle éloignant et effrayant les êtres entre eux. Plus sournoise et sycophante que cette barrière pouvant exploser sous l’impulsion d’un violent rapprochement, bouffée de désir instinctif. Tôyô aura cette réplique : « Qu’est-ce que je serais si j’avais l’air de ce que je suis », paradoxe de personnages en quête de sens, prisonniers de pulsions ataviques (mimétisme animal jusqu’au patronyme) et d’une infantilisation, refuge commode et pleutre (« tout ce qui n’est pas mon enfance est terrible »). Mais comment lutter dans un imbroglio temporel de temps et d’espace où l’on ne se découvre qu’en promenant le halo d’une lampe de poche dans les anfractuosités obscures de sa conscience. Ou les langues s’entremêlent et se condensent jusqu’à la nausée, jusqu’à la perte d’identité (français, japonais, chants polonais…). Une opposition canonique et absurde qui nécessite l’abandon – modeste ou fatal –, empreint de spiritualité, pour assurer le mélange et la pérennité de l’espèce et des cultures. Le chemin sinueux que trace Yoshiko sur la carte est le sentier escarpé qui mène à la conscience, à la réminiscence d’un pays ou d’un père (le souvenir et la perte de la famille tourmente et harcèle). Les résurgences de la géologie et la généalogie affleurent et se recouvrent. La femme est fécondée et parachève son travail (découverte des ruines et de l’eau symbole par excellence de fertilité) dans un paysage luxuriant et serein – sa conscience abreuvée –, retiré du monde « comme si il n’y avait jamais rien eu » précise Jean et habile apologue de la situation d’un personnage jadis apatride et vierge. L’homme a accompli sa tache et laisse un chien chanteur. Libre à nous de nous perdre et plonger dans ce film, de parcourir la nature et effleurer des doigts la végétation des champs. Fixer le ciel facétieux et sublime, au son cristallin d’une goutte d’eau s’échappant inexorablement d’un robinet et frappant délicatement la pierre. Saluer le soleil dans sa magnificence matinale. Voilà toute la gageure d’une œuvre qui adopte le discernement à l’étalage. Dépouillée, elle n’en reste pas moins atypique dans son agencement et ses acteurs amateurs (Gen Shimaoka est musicien d’origine) ou débutants (Katsuko Nakamura). En aucun cas misanthrope, elle développe tout de même la force du destin (l’image du train, la vision du ciel lors de l’escapade nocturne – maculée, tremblotante et brouillée, tranchant avec la cinématographie léchée du reste – présageant des cendres incandescentes du bûcher emportées aux quatre vents dans un craquement chaleureux) ou de l’abnégation humaine (le suicide avec la belladone). Ce poème élégiaque s’achève sur le destin de nos amants crucifiés (position de séchage des kimonos et posture finale de Yoshiko), qui de simples enveloppes vides s’agitant sur un fil sont devenus une femme radieuse et accomplie et un renard malicieux et libre de s’ébrouer dans les herbes hautes. Une musique latine et endiablée surgit alors, le rythme emprunté, sobre et affecté se désagrège laissant place au présent, au bonheur, à la vie.

F. Flament, 10 décembre 2002


Plan K tracé 1

Plan K tracé 1

La Compagnie Méga Pobec | 2009 | 30' | France

Pièce théâtrale. Conception artistique : Jean Pierre Brière. Accompagnement sonore : Didier Préaudat. 

Premier tracé, premier sondage « d’un champ de coton dans lequel on se promène, nu, la nuit ».

Sondage aléatoire, plus préoccupé à appréhender la ou les natures du sol, qu’à prétendre en connaître prématurément la composition.

Ici on se méfie de l’histoire, on éloigne les a priori, on se met à l’œuvre sans savoir véritablement de quel ouvrage il s’agira, autrement dit, on reconnait ne pas connaitre « ce qui maintient la brute, et la maintiendra encore pour des éternités, à distance de la demoiselle » qui peuple le monde.

Ici on ne verra rien d’une pièce, en tout ou partie, qui aurait pour titre : Dans la solitude des champs de coton, on n’entendra du texte qu’en creux, on ne saisira rien qui ne tombe sous le sens autre que la sensation d’une probabilité.

C’est cet espace d’herbes folles, de culture abandonnée, de cailloux, un espace laissé brut et vierge, avant l’envahissement des grues et des pelleteuses, avant que ne se dresse l’édifié, que foule du pied ce premier tracé.

Vaille que vaille, le tracé 1 de Plan K écrit, met en mots et en mouvements une intuition préambulaire, dans un format réduit dont on se plait à penser qu’il procède « comme un poids dont il faut que je me débarrasse sur quiconque, homme ou animal, qui passe devant moi ».


Le Plein pays

Le Plein pays

Antoine Boutet | 2009 | 58' | France

Un homme vit reclus depuis trente ans dans une forêt en France. Il creuse en solitaire de profondes galeries souterraines qu’il orne de gravures archaïques. Elles doivent résister à la catastrophe planétaire annoncée et éclairer, par leurs messages clairvoyants, les futurs habitants. Le film raconte cette expérience en marge de la société moderne, affectée par la misère humaine et la perte définitive d’un monde parfait.


Praejusios Dienos Atminimui

Praejusios Dienos Atminimui

Sharunas Bartas | 1990 | 40' | Lituanie

De rues en rues, de minutes en minutes le désert d’une ville moderne…

Par de longs plans fixes et inquisiteurs, Sharunas Bartas propose une vision poétique d’une ville et de ses habitants. En compagnie d’un saltimbanque errant, une pérégrination urbaine empreinte de fatalité et de résignation.


Précis

Précis

Véronique Goël | 1985 | 80' | Suisse

Précis retrace la vie et le quotidien d’un homme, jeune encore, dans ce qu’ils ont de banal, d’ordinaire mais aussi d’unique. Éclaté, le récit met sur le même plan, dans la même continuité et en bribes, les épisodes marquant de son passé et ceux de son présent, moments d’histoires incertains et fragiles dans le mouvement de l’Histoire.

« Un précis, on le sait, est un « petit manuel », un traité, substantif dérivé de l’adjectif homonyme qui provient du latin praecidere, « couper ras, retrancher ». Véronique Goël aborde l’image de deux villes en ouverture et fermeture de son film : Genève et Londres, via deux trajets de piétons décidés. La première ville est linéarisée frontalement. Les trajets rectilignes des marcheurs (les rues nous l’imposent, leur tracé) sont mis bout à bout, en une série de plans en travelling arrière, comme si la ville, ses rues, défaites de leur enchevêtrement de perpendiculaires, d’angles et de diagonales n’était qu’un couloir. À l’inverse, Londres est linéarisée de dos. La suite des séquences opère de la même manière en choisissant chaque fois un mode possible d’approche où l’organisation géométrique déjà là fait l’objet d’un remaniement structural dont le cinéma est l’instrument. Point de vue, angle, mouvement, durée : on pourrait parler d’exercice de style si, déplaçant les enjeux proposés par Raymond Queneau, Véronique Goël n’introduisait pas par ce travail de déclinaison l’idée que les Formalistes russes avaient avancée en 1920 de l’opposition sujet/fable. Car le film possède une fable, l’histoire d’un type qui etc., ses rapports avec son amie, son travail, bref ! Et le traitement cinématographique produit, transforme cette fable, il ne se borne pas à en varier les connotations ou le « style ». À mesure qu’il avance, le volume du film se développe sur la base même de ces  « exercices », il prend chair. »

François Albèra, professeur d’histoire et d’esthétique du cinéma à l’Université de Lausanne


Quand le soleil se couche

Quand le soleil se couche

Antoine d’Heygere | 2009 | 44' | France

Un matin, après une nouvelle nuit d’insomnie et de cris, Bastien a demandé à sa mère : « Est-ce que moi aussi je disparais quand le soleil se couche ? ».

Depuis, Bastien coche chaque jour passé dans un calendrier au sommet de son lit et dort un peu mieux la nuit.


RER B

Rachid Fadlaoui | 2009 | 10' | France

Un wagon, des mains, des lumières, des voix : vision subjective d’un voyage en RER.


Suite japonaise

Retour à l’Hijigawa

Yann Dedet | 2009 | 35' | France

Suite japonaise (1ère partie)

C’est la petite ville d’Ôzu, dans l’île de Shikoku. Le film(eur), en cherchant à retrouver une personne filmée l’année précédente, questionne ce qu’est une rencontre, voire un coup de foudre, et se demande s’il peut y avoir partage d’un moment cinématographique et humain unique. Mais non, le découvreur est le seul ému, et le cinéma n’a que le pouvoir de l’enregistrement du regret.


Rien ne s’efface

Rien ne s’efface

Laetitia Mikles | 2008 | 52' | France

Trois cadeaux. Trois moments de confidence autour du cinéma. Au fil de ces trois rendez-vous, la réalisatrice japonaise Naomi Kawase (Grand Prix du festival de Cannes en 2007) révèle le lien sensible et vital qui la lie au cinéma.

Ce questionnement intime dévoile l’univers de la cinéaste. Il interroge aussi notre propre rapport au monde, la fragilité de ce qui nous entoure, la fuite du temps et tout ce qui, malgré tout, s’arrache à l’oubli.


Se dissoudre à Mooste

Se dissoudre à Mooste

Catherine Dalfin | 2009 | 14' | France

« J’ai cherché le centre de ce village, c’est-à-dire le lieu où se concentre le pouvoir, où se concentre et où s’organise le pouvoir, d’où se dégagerait un certain rappel à l’ordre et d’où émanerait aussi une certaine intensité, et je n’ai pas trouvé, et finalement ça m’a semblé mieux comme ça, un village qui fait obstacle à la pensée qu’il faut un centre et une périphérie, qui vous transmet un état intérieur parce qu’il vous laisse à l’extérieur. »


Sépio

Sepio

Frans van de Staak | 1996 | 31' | Pays-Bas

Sepio n’a qu’un interprète : une actrice qui traverse la campagne estivale et ressent la présence de son amant dans tout ce qui l’entoure.

« Dire l’envie de montrer un film de Van de Staak dans cette carte blanche… je pense d’abord et par-dessus tout, à une sorte de complicité « souterraine » inaliénable.

Je dois aussi remonter au premier film que j’ai vu de lui, Du travail de Baruch d’Espinoza, il me semble que c’est celui-là… C’était à Genève où François Albèra, qui a été à la tête de la section du cinéma de l’Ecole Supérieure d’Art Visuel pendant presque deux décennies, invitait régulièrement des cinéastes « indépendants » (je mets cela entre guillemets, car aujourd’hui « indépendants » ne veut plus rien dire) rencontrés dans ses tournées festivalières ou autres. Étudiants et non-étudiants assistaient volontiers à ces projections.

Je ne me souviens pas si Un autre été était déjà terminé, ou en train de se faire à ce moment-là, en tous les cas mon intérêt et cette sensation de proximité ont été immédiats.

Sa manière de construire ce film comme une partition, l’agencement et le déplacement des corps dans l’espace, l’affirmation des coupes, leur « radicalité », mais aussi, dans ce film-là en particulier peut-être, sa relation au son et sa manière de mettre au premier plan la résistance des éléments par la confrontation des voix dans la bruyance extrême de l’espace urbain. Tout cela me semblait en résonance avec ce que je faisais ou voulais faire. Et puis il y avait encore cette obsession commune pour les « corps qui marchent »…

Dans son atelier à Amsterdam, il avait installé un « cinéma », et avec Heddy Honigman (sa femme à l’époque, mère de son fils Stefan et cinéaste) et quelques amis, ils organisaient des projections et rencontres avec des cinéastes qu’ils aimaient ou qu’ils voulaient découvrir. C’est ainsi que j’ai débarqué un jour chez eux avec Un autre été et Soliloque 2 / La Barbarie que je venais de terminer… Je me souviens de la jubilation qu’il éprouvait pour les marches interminables de Un autre été.

En 1984, à la recherche d’un caméraman qui pourrait assurer les difficiles travellings de marche de mon nouveau long-métrage, il m’a mis en contact avec Mat van Hensbergen, son caméraman habituel, qui est venu à Londres et à Genève pour le tournage de Précis. Les marches de Ongedaan, Gedaan ont-elles quelque chose à voir avec le souvenir de Un autre été  ou de Précis ? J’aime à le penser… Quoi qu’il en soit, en ce qui me concerne, pendant tout le tournage des plans de marche de Perfect Life, j’avais constamment à l’esprit, la manière dont Frans avait filmé celles de Ongedaan, Gedaan… »

Véronique Goël


Siegfried Kessler A love secret

Siegfried Kessler A love secret

Christine Baudillon | 2004 | 56' | France

Siegfried Kessler, pianiste de jazz hors normes, vit depuis plus de vingt ans à La Grande-Motte sur un voilier de course amarré au bout du ponton F. « F comme fa dièse » aime t-il préciser. Son bateau, c’est toute sa vie, c’est son amour. Il pourrait aussi bien dire, comme Novecento le pianiste d’Alessandro Barrico, « La terre, c’est un bateau trop grand pour moi. C’est un trop long voyage […]. Pardonnez-moi. Mais je ne descendrai pas ». Si Kessler est un grand marin, il est aussi un très grand pianiste de jazz. Les touches de son piano vibrent comme un nuage d’argent qui s’ouvre et déverse sa fureur. Kessler prend la mer autant que possible, c’est un fou du grand large. Mais « on n’est pas fou quand on trouve un système qui vous sauve ». Ce portrait filmé, une improvisation libre, a été tourné pendant près d’une année par Christine Baudillon.


Six

Six

Çagla Zencirci et Guillaume Giovanetti | 2009 | 28' | Japon

D’un Styx humain se découpent quelques figures, quelques âmes, dans le tourbillon de la mégalopole Tokyo. Fin de jour, une retraite, une respiration, ce lieu familier de dix mètres carrés, le bar « La Jetée » tenu par « Madame » Kawai San. Ce soir pourtant, une âme manque à l’appel…


Soliloque 2 / La Barbarie

Soliloque 2 / La Barbarie

Véronique Goël | 1982 | 17' | Suisse

La mise en parallèle d’un échange épistolaire avec l’histoire accidentée de la ville de Berlin.
 Une mémoire à vif contre un monde qui institutionnalise l’oubli.

« Véronique Goël poursuit avec Soliloque 2 / La Barbarie une recherche personnelle sur le fragment et le rythme, le plan fixe et le travelling. Coupures de journaux décrivant l’horreur absolue de la barbarie pratiquée dans certains coins du monde, lettres personnelles lues en off et images de villes contemporaines confèrent à ce film une gravité et un poids émotionnel évidents. »

Marc Egleret

« Soliloque (de la cuisine) / la barbarie (du mangeur d’hommes) »

Nul n’ignore aujourd’hui que le socialisme soviétique coula de n’avoir su naviguer avec succès entre le Charybde du rêve léninien de la cuisinière dirigeant l’État socialiste et le Scylla de la réalité stalinienne du mangeur d’hommes à la tête de cet État. Ce n’est pas le moindre intérêt du cinéma de Véronique Goël que d’embarquer ses spectateurs sur un navire évitant le gouffre et le roc à la fois. Dès lors, et cependant que la barbarie, visage de l’inhumain, s’épuise en vain à maquiller ses forfaits sous le masque de quelque grande idée, la caméra de Veronique Goël fait les commissions pour la cuisine, fait provision d’images pour la salle de montage. Le miracle, et c’en est un que ce film, se concocte à la cuisine d’où l’ogre est primordialement banni. Allons-y voir, puisqu’il n’est plus question de croire.

Ce cinéma-là n’est pas narratif, dans la mesure où Véronique Goël se refuse à nous raconter des histoires. Irruption pour lors de l’Histoire, voire de la petite histoire en tant qu’elle est histoire personnelle. L’Histoire scande la progression du film sous forme d’articles de journaux témoignant de la barbarie à l’œuvre dans le monde, œuvre immonde par toujours répétée, jusqu’à ce comble de l’horreur qui termine le film – c’en est le dernier plan – où la barbarie qu’inquiète l’inquiétude qu’elle suscite se décide à Institutionaliser l’oubli. Mais le film ne se contente pas de contrer l’institution par son appel incessant à l’enragée mémoire des outrages perpétrés dans l’Histoire, il matérialise aussi l’histoire individuelle dans les trois lettres qu’adresse et qui s’adressent à la réalisatrice. Poignance des témoignages où s’avère que l’histoire personnelle participe à la grande Histoire, mieux même est l’Histoire.

La forme est le contenu par excellence d’un tel film. Telle est de fait la loi poétique – et poétique, ce film l’est éminemment – que la manière de dire vaut pour le dire.

C’est ainsi que ce film se donne à lire comme une écriture. Sa démarche est féline, en ce sens qu’y a cours une économie de moyens qui est économie de paroles, d’images et de mouvements. Véronique Goël en effet ne fait que ce qu’il faut. Ainsi les mots croisés qui entament et terminent le film. C’est que ce dernier est à la croisée de l’image et du verbe. D’où cette conséquence que les mots y font images, et que les images y font mouche. Fini le son commentant l’image. Finie l’image illustrant le son. Images et mots croisent le fer, et le films en est l’indéfini duel. Rencontre alors des mots croisés dans leur structure verticale-horizontale avec les images qui roulent en voiture et en train à la verticale d’un horizon qui se dérobe. L’on pourrait soutenir que la perpendiculaire est la figure de rhétorique emblématique de ce film en tant qu’il s’écrit dans le temps de l’espace. Dans la mesure où elle a visage humain, la caméra erre. Folle, elle aberre, et de douleur désespère. Mais diabolique, elle persévère, envers et contre toute misère espère.

L’errance une fois acquise, l’on peut dire de la caméra qu’elle continue sur son erre. Ainsi matérialise-t-elle l’exigence d’une poésie qui soit « en avant », car elle va sans cesse de l’avant, portée qu’elle est par le vent de l’aventure. Si Flaubert en effet pouvait avancer que « les phrases sont (ses) aventures », Véronique Goël marque à souhait que les plans sont les siennes. Dès lors, à conjuguer l’espace et le temps, sa caméra proclame que rien n’aura lieu que la dislocation. Nomadique, ce film profondément personnel paradoxalement présente l’impersonnel en marche, au gré d’une géométrie fauve et variable.

Bernard Schlurick


Soliloque 3

Soliloque 3

Véronique Goël | 1992 | 37' | Suisse

Une ville, Oran. Un pays l’Algérie. Des femmes, leur absence présente et leur présence passée.
 Regard subjectif d’une cinéaste en terre étrangère.

« Construit à partir d’images de ville et des photographies d’archives sur les femmes pendant la guerre d’indépendance, Soliloque 3 propose la vision subjective d’une femme, cinéaste, d’une autre culture de surcroît, sur des lieux et des fragments d’histoire.

Composées en une suite de blocs constituant chacun une petite unité narrative presque autonome, les images nous font aborder la ville sous différentes facettes et pénétrer toujours plus en profondeur dans le tissu urbain et dans le fonctionnement social :

de la périphérie au centre,

de l’architecture aux citadins,

de la douceur à la violence,

du plein au vide,

de l’esthétique à la vie quotidienne,

de l’extérieur à l’intérieur,

du jour à la nuit.

Ici les rues désertes, le silence. Là, l’omniprésence des hommes. Ailleurs, les silhouettes fugitives de femmes pressées ou solitaires. Ailleurs encore, des écoliers qui s’arrêtent curieux.Et partout l’insistance de la caméra à cerner son objet.

Entre ces blocs, l’irruption du passé, l’irruption des femmes : seules ou mêlées aux hommes, saisies dans la force de leur mouvement et de leur espoir. »

Véronique Goël


The Source

The Source

Jaap de Ruig | 2009 | 40' | Pays-Bas

Hetea est un hameau isolé de Roms en Roumanie. Le temps coule dans ce petit village composé de quelques huttes. La sérénité bucolique qui règne est pourtant bouleversée par une violente dispute éclatant entre les habitants. Cris et insultes, filmés comme précédemment les champs et les bêtes, explosent tout à coup dans le paysage. Menant comme au fouet, par leurs intonations, le rythme de la narration.


Les Souvenirs d’hiver se content à l’automne

Les Souvenirs d’hiver se content à l’automne

Yves Mimo | 2009 | 39' | France

Margo et Rémi attèlent leur caravane et s’engagent sur les routes de l’Europe à la rencontre des Roms. Mais en chemin, leur convoi les attire vers les camps nazis où fut décimé le peuple du vent. À chaque halte, leur caravane se leste de la mémoire du génocide tsigane. Puis, à la veille de Noël, au bout d’une route de campagne, ils sont accueillis par une troupe d’enfants roms. Au moment du retour, Margo et Rémi peinent à tirer leur caravane devenue lourde d’incompréhension : comment les nazis avaient-ils pu vouloir la mort de ces gens-là ?


Taishû Engeki, caméra à l’épaule, côté cour

Yann Dedet et Pascal Griolet | 2008 | 52' | France

Une séance de Taishû Engeki, filmée des coulisses.

Le Taishû Engeki est ce théâtre populaire proche des codes du Kabuki que les japonais cultivés considèrent avec un peu de moquerie et de distance (car cette forme est en l’occurrence music-hallisée si l’on peut dire), mais qui nous a totalement conquis. Pascal Griolet (professeur de japonais à l’Inalco avec qui j’ai réalisé le film) et moi. Nous sommes à Asakusa, quartier populaire de Tokyo.

Le film se tient à égale distance de la scène et du public, dont la participation est partie intégrante de la grande vitalité et du charme contagieux de ce spectacle.


Le Temps des grâces

Le Temps des grâces

Dominique Marchais | 2009 | 123' | France

Le Temps des grâces est une enquête documentaire sur le monde agricole français d’aujourd’hui, abordée sous l’angle de la notion de travail. Les rencontres sont multiples : agriculteurs, chercheurs, fonctionnaires, écrivains-paysans…

De ces récits ressort la complexité d’un monde agricole qui résiste encore et qui, bon gré, mal gré, continue de faire le lien entre les histoires des uns et des autres, entre les générations. Un monde anachronique en terme de représentation et, pourtant, au centre de toutes les attentions pour l’avenir.


La Terre dessous mes pieds

La Terre dessous mes pieds

Sophie Sherman | 2009 | 20' | France

Une jeune fille erre dans une forêt et creuse des trous dans la terre.

Des versets de la bible semblent être les seules choses auxquelles elle pense.

Errance jusqu’à la perte. Un chant comme seule révélation.

Des versets bibliques – une foi – la folie – le silence.

Une fille suspendue à son errance qui soudain étouffe, cri, chante. Délire.

Un monde où le temps n’a plus d’emprise.


Toile de pluie, toile de fruits (et légumes)

Yann Dedet | 2006 | 30' | France

Le peintre Sakata Eizo vit en France depuis une dizaine d’années. De Paris à Nagoya (dont le peintre est originaire), en passant par Cunlhat en Auvergne, on suit la fabrication des toiles du peintre et ses expositions.


La Tumultueuse vie d’un déflaté

La Tumultueuse vie d’un déflaté

Camille Plagnet | 2009 | 59' | France

Portrait tumultueux du « Grand Z », conducteur de la locomotive Abidjan – Ouagadougou pendant vingt ans, licencié en 1995 par la Société des chemins de Fer du Burkina Faso, à la suite de la privatisation imposée par la Banque Mondiale. Grand jouisseur impénitent, il fut alors terrassé en pleine allégresse, perdit tout, et coule depuis des jours bien sombres en attendant sa pension de retraite.


Two Times 4’33

Two Times 4’33

Manon de Boer | 2008 | 12' | Belgique

Manon de Boer a invité le pianiste Jean-Luc Fafchamps à jouer la composition éponyme de John Cage 4’33 deux fois devant un public. Une fois en une seule prise, la caméra filme son exécution de la « composition musicale silencieuse ». Pour la deuxième représentation, Manon de Boer coupe tous les sons, intervenant seulement avec le clic du minuteur dans les 4’33 de la performance filmée. La caméra se déplace dans un long plan séquence qui commence sur Fafchamps, puis sur chaque membre de l’auditoire et termine sur l’extérieur par la fenêtre du studio.


T’es plus haut que le ciel

T’es plus haut que le ciel

Mélanie Pavy | 2008 | 21' | France

Une cité, imaginée idéale par certains, vécue au quotidien par d’autres, n’est plus rêvée que par une bande d’enfants. Livrés à eux-mêmes dans ces lieux déserts, ils s’inventent des jeux aussi dangereux que lassants. Retrouveront-ils dans un vertige, l’élan de leurs rêves ?


Uminitunagaru Sakamichi

Matsui Chieko | 2009 | 60' | Japon

À Okinawa au Japon, plusieurs bases militaires américaines existent depuis soixante ans. Les habitants demandent sa diminution, mais les gouvernements américain et japonais envisagent de construire un nouvel aéroport militaire sur la mer de Henoko au nord d’Okinawa.

Le film se focalise sur Takuma, un habitant près de Henoko qui, pour stopper la construction, essaie de faire valoir son pays natal, surtout la mer où vivent les dugongs, un mammifère rare, modèle de sirène. La mer d’Okinawa brillant de sept couleurs lui indique le chemin à prendre.


Un secret bien gardé (Le Basculement 1)

Un secret bien gardé (Le Basculement 1)

Patrick Prado | 2008 | 38' | France

C’était la fin des paysans. Ils étaient partis. Et nous, nous arrivions chez eux. Ils ne sont jamais revenus. Nous nous sommes installés à leur place, une population est remplacée par une autre. Un sauve qui peut général. Un village siphoné. Le village s’appelle Névédic en Quistinic, dans le Morbihan. Une utopie rurale des années soixante-dix. Un regard d’aujourd’hui sur ce qui a fabriqué notre présent.


Un virus dans la ville

Un virus dans la ville

Cédric Vénail | 2008 | 80' | France

Au début des années quatre-vingt-dix, l’artiste franco-israélien Absalon conçoit un projet de vie qui s’éloigne radicalement des aspirations habituelles à une « vie meilleure ». Pour engager son projet et le tenir, il se fabrique six cellules à habiter, six petites maisons individuelles destinées à de grandes villes du monde : Paris, Zurich, New York, Tel-Aviv, Francfort, Tokyo… Depuis, Absalon est mort. Que reste-t-il de son projet aujourd’hui ? Entre traces et projections, je suis parti à la recherche de ce projet inachevé. J’ai trouvé Un virus dans la ville.


La Vie sombre trois fois, se relève sept, et neuf fois flotte à la dérive…

La Vie sombre trois fois, se relève sept, et neuf fois flotte à la dérive…

Xuân-Lan Guyot | 2009 | 48' | France

Elle avait fait un beau mariage, puis fut répudiée ; son enfant lui fut arrachée. Elle resta seule le reste de sa vie. Prise dans la tourmente de l’Histoire du Vietnam.

Elle est morte il y a trois ans. Comme le veut la tradition, plutôt que de laisser son corps dans un environnement souillé, on est allé déterrer ses os pour les nettoyer puis les emmener dans son village.

Elle, c’était ma grand-mère.


Visage écrit

Visage écrit

Daniel Schmid | 1995 | 90' | Japon, Suisse

Depuis trois siècles, une loi impériale japonaise impose que les rôles de femmes soient tenus par des hommes, appelés Onnagatas, dans le théâtre Kabuki. Visage écrit se veut une approche de Tamasaburo Bando, le plus prestigieux Onnagata actuel.

Cette approche se déroule en quatre temps : la danse du serpent ivre Orochi ; Tamasuro Bando et ses idoles : dialogues avec la danseuse geisha Han Takehara qui se dit centenaire, l’actrice Haruko Sugimura, souvent rencontrée chez Ozu, et l’octogénaire danseur classique de Butoh, Kazuo Ohno ; Twilight Geisha, variations sur le thème de la geisha ; Sagimusume, pièce de Kabuki dansée par Tamasaburo Bando.


La Voie de la main gauche

La Voie de la main gauche

Sylvie Guérard | 2009 | 66' | France

Immersion au cœur de l’expérience du voyage, La voie de la main gauche dénoue le fil mystérieux de mes déambulations sur les routes d’Asie, pour exprimer la perte de repères et la reconnexion à soi qui accompagne le rapprochement fugitif avec les êtres et les espaces inconnus. J’ai voulu ce film comme un documentaire poétique, traversé de séquences d’animation, dans un mouvement allant du réel à l’imaginaire et du soi à l’autre.


Vulnérable

Vulnérable

Reine Mitri | 2009 | 52' | Liban

Ce film est une chronique d’angoisse et de malaise. De 2006 à 2009 j’ai filmé dans mon espace intime, sur l’écran de télé, une violence au quotidien, et sur l’écran de montage, un autre film qui est resté suspendu – celui sur la guerre de juillet 2006. J’ai aussi filmé mes amis ; ceux qui ont quitté le pays et ceux qui y sont restés. Tout au long, des questions se sont posées : quel espace reste-t-il pour la liberté de l’individu, pour l’espoir, la créativité et l’amour ? Le bonheur individuel, peut-il exister au milieu du malheur collectif ? Comment vivre avec la défaite ?


We don’t care about music anyway…

We Don’t Care About Music Anyway…

Cédric Dupire et Gaspard Kuentz | 2009 | 80' | France

Du turntablism radical (Ôtomo Yoshihide) à l’innovation musicale informatique (Numb), en passant par l’audace instrumentale (Sakamoto Hiromichi), la scène de musiques actuelles de Tokyo constitue une avant-garde que personne ne peut plus ignorer. Tout en présentant des acteurs majeurs de cette scène, We Don’t Care About Music Anyway… propose une vision kaléidoscopique de Tokyo, confrontant musique et bruit, sons et images, représentation et réalité, fiction et documentaire.